combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma.

Combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma

 

Lorsque l’on crée un film pour le cinéma ou bien une vidéo pour son usage propre, se pose la question de la bande son pour accompagner les images en mouvement. Dès lors, on doit répondre à une interrogation, la bande-son est-elle seulement là pour combler un vide, pour éviter que le spectateur ne se trouve face à ce défilement d’images dans le silence, ce qui pourrait l’inciter, peut-être, à abandonner le visionnage de ce film ou bien l’accompagnement sonore est-il considéré comme un élément essentiel du film lui – même, devant lui donner une part de son identité, le son étant considéré alors comme partie intégrante du film indissociable de la partie visuelle de ce long ou de ce court métrage.

 

Cela pose le problème du statut du silence et de la musique dans notre société, notre société sait-elle encore se ménager des plages de silence, où l’oreille devient disponible pour être à l’écoute de l’environnement, une écoute active, où l’on tente de saisir tout ce que l’environnement urbain ou naturel peut produire comme phénomènes sonores.

En effet, peu nombreux sont encore les lieux ou les moments où l’oreille devient disponible pour ce qui advient à ce moment précis, la plupart de nos contemporains semblant avoir peur du silence ou de ce qu’ils considèrent comme le silence. Dans  les grands magasins, il y a encore une dizaine d’années, un fond musical s’imposait et peu d’entre nous paraissaient le considérer comme gênant. Dans les transports en commun, une bande sonore est parfois encore de rigueur, et peu se pose la question de savoir si  cela incommode ou au contraire rend plus agréable le voyage des passagers. Le bruit doit régner en permanence, peu importe pourquoi ou comment, comme si l’absence de sons artificiels pouvait angoisser nos contemporains, ou peut alors pour les empêcher de penser à ce qui pourrait être un motif d’angoisse ou de réflexion.

Lorsque des gens se trouvent rassemblés dans un lieu donné, à l’exception des lieux de travail, un certain nombre de personnes demandent voire exigent un fond sonore, comme si ils avaient  peur de ce qui pourrait advenir s’ils étaient à l’écoute les uns des autres et de leur environnement. L’absence de bruits effraie, comme peut effrayer un lieu où il faudrait être à l’écoute de ce qui se passe, en étant présent à soi – même.

 

Et c’est ce genre de disponibilité que peut proposer un film dont la bande son a été particulièrement pensée, je pense ici particulièrement au documentaire animalier et au film de nature, y compris les courts métrages que sont les timelapses ou bien les formats courts de films sur la nature.

Dans ce genre de spectacles visuels, le spectateur est amené à prêter une attention particulière à son environnement, à être réceptif  à ce qui se joue devant ses yeux,  lui rappelant que, hors du film, il peut aussi être témoin de semblables spectacles pour peu qu’il s’en donne la peine. Or, dans ce genre particulier qu’est le film de nature, la bande son doit être particulièrement pensée, car elle participera à faire ressentir au public l’ambiance du lieu choisi, ou bien dans le cas du timelapse, participera à transporter le lecteur dans une parenthèse enchantée pendant quelques minutes.

Mais grand nombre de vidéastes amateurs ne sont pas sensibles à cet aspect des choses, et beaucoup d’excellents photographes animaliers ou de nature nous proposent des films singulièrement inaboutis, où les images, splendides, sont en décalage complet avec la bande son choisie. Celle-ci vient très souvent d’un choix (ou d’une absence de choix) effectué dans ce que les médias imposent comme musique ambiante sur leurs ondes, où le moins que l’on puisse dire est qu’il singulièrement inapproprié à un film qui se veut près de la nature et du monde animal.

Certains documentaires animaliers ou de nature se remarquent par le soin considérable apporté à la bande-son, contribuant à la qualité globale du film ;

Je pense ici particulièrement à Microcosmos, film de Claude Nuridsany et de Marie Pérennou, 1996, [1]  et au Voyage de l’eau, de Frank Neveu, 2015[2]. Dans ces deux films, une attention particulière a été apportée au fond sonore, qui n’est pas là en tant que faire-valoir ou pour combler un vide. Voici ce que dit Wikipédia de Microcosmos :

« L’univers sonore du film, très élaboré, est un mélange entre des sons réels, captés sur le terrain avec des microphones spéciaux, et des sons créés par le « sound designer » et monteur son Laurent Quaglio, lors du montage du film, après discussion avec les réalisateurs. Bruno Coulais, compositeur de la musique, a travaillé en concertation étroite avec le monteur son de telle sorte que, souvent, on ne sait pas si les sons entendus sont dus à des instruments de musique ou aux insectes. »

Dans le Voyage de l’eau de l’eau, film qui a obtenu plusieurs récompenses lors de festivals de nature et de cinéma, l’audio-naturaliste Boris Jollivet a porté une attention particulière à ce que les sons de nature s’intègrent  harmonieusement au film et lui apporte une vraie valeur ajoutée.

Pour ce qui est des timelapses, ce genre de films très courts présente une expérience immersive, une parenthèse enchantée, où l’on plonge vraiment dans l’atmosphère d’un paysage, qui doit nous envelopper en entier. Or dans les ¾ des cas, voir dans les 4/5, la bande son met le spectateur en état de dissonance cognitive, car le fond musical n’a absolument aucun rapport avec ce qui est représenté. Autant l’animation visuelle peut être belle et envoutante, autant  l’accompagnement musical est plat et sans relief, quand il n’est pas carrément en contradiction avec ce qui est représenté, choisi qu’il est dans le tout venant de la production musicale déversée à plein tonneaux par les médias.

Or ce genre de court – métrage exige qu’une attention extrême soit portée à la bande –son, qui contribuera à faire de ce film une expérience unique et enchanteresse. Mais cela exige un certain niveau d’exigence musicale et une prise de conscience de ce qu’est un bon accompagnement sonore d’un film, qui n’est pas là pour faire passer le temps ou pour combler un vide qui angoisse.

Bien peu sont les auteurs de timelapses qui ont ce genre d’exigence, mais il y en a quand même quelques-uns, comme Mike Olbinski[3] et Henry Jun Wah Lee[4]. Ces deux auteurs font appel à des musiciens professionnels, qui composent parfois exprès pour eux comme le compositeur Kerry Muzzey[5] pour Mike Olbinski. Grâce à ce compagnonnage, leurs timelapses, souvent récompensés, ont une qualité tout à fait extraordinaire, que n’atteignent pas grand nombre d’autres films de réalisateurs.

J’ai bien conscience que tout le monde n’a pas les moyens ou l’opportunité d’embaucher un musicien professionnel pour son  film animalier ou de nature ou pour son timelapse, mais sortir du tout-venant de la production musicale contemporaine est une nécessité si l’on veut que sa réalisation est une qualité quelconque et se démarque du lot. C’est ainsi que des sites comme Jamendo ou Music Bed , qui proposent des bandes- sons de compositeurs pour un prix modique ( pour une vidéo diffusée sur Youtube ou Viméo), sont très utiles aux réalisateurs de toutes sortes qui souhaitent avoir un fond sonore d’une certaine qualité. Mais cela nécessite un minimum de curiosité intellectuelle et d’exigence artistique,  ce qui est loin d’être le cas, en matière de musique, chez nos contemporains.

Heureusement, parfois, les cinéastes animaliers prennent conscience de  ce genre de choses et c’est  ainsi qu’ à l’Iffcam[6], l’école de cinéma animalier des Deux-Sèvres, depuis deux ans, le compositeur de musique Anthony Touzalin[7], est chargé de faire un enseignement sur musique et cinéma. Ce compositeur, spécialisé dans les documentaires animaliers et de nature, a notamment composé la musique du Lièvre Blanc, de Guillaume Collombet[8], ou d’Eqalusuaq[9] de Kevin Peyrusse et Hugo Braconnier et d’autres projets sont en court.

 

Ainsi, on voit que pour aborder le statut et la réalisation d’une bande-son adaptée à un film de nature ou animalier, il faut d’abord se poser la question du silence dans notre société et de la place qu’on trouve pour être à l’écoute de soi- même et de son environnement. Ensuite seulement, ce sera le moment de la recherche du meilleur fond sonore pour sa réalisation visuelle, celle qui s’intègre le plus harmonieusement à nos images et ne soit pas plaquée là pour masquer un vide ou un silence qui nous angoisse. Composer un film  avec de  la musique, c’est aussi être à l’écoute du silence et de ce qui se joue en nous, c’est être ouvert à notre expérience intime comme à ce qui se joue à l’extérieur de nous, c’est être disponible  à l’inattendu et l’encore inouï, dans le secret de notre âme.

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Microcosmos_:_Le_Peuple_de_l%27herbe

[2] http://visionprimordiale.com/nos-derniers-films/le-voyage-de-leau/

[3] https://vimeo.com/mikeolbinski

[4] https://vimeo.com/evosia

[5] https://soundcloud.com/kerrymuzzey

[6] http://www.iffcam.net/

[7] http://www.emotive-muzik.net/album/

[8] https://www.guillaumecollombet.com/filmlievreblanc

[9] https://vimeo.com/150750680

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la vie en chansons, essai de généalogie musicale

La vie en chansons, essai de généalogie musicale.

 

Après avoir étudié mon goût de l’ailleurs en matière de musique, je vais à présent me pencher sur mon attirance pour la chanson française et ce, dès mon plus jeune âge.

 

Mes parents, en mélomanes avertis, ont sût développer et éveiller mon goût pour la musique et ici, pour la chanson française, alors que j’étais tout jeune enfant. Ils avaient fait l’achat de plusieurs disques pour enfants, un disque de chansons traditionnelles, un disque  de fabulettes d’Anne Sylvestre et un disque de chansons chantées par Jacques Douai. Ces trois disques, écoutés et réécoutés sans cesse durant mon enfance, formèrent la base de mon attirance pour la chanson française. J’y trouvais la poésie et la fantaisie qui convenaient à mon caractère, en même temps que l’exigence d’un texte construit et d’une musique qui ne soit pas au mètre.

Parallèlement, mes parents m’apprirent à chanter beaucoup de chansons du répertoire traditionnel français et j’avais plaisir à les chanter avec eux pour diverses occasions, comme les chants de Noël à Noël.

Mon père, passionné de Georges Brassens, me l’avait découvrir très tôt et quand j’eu 15 ans mon grand- père m’offrit, à ma demande, un disque de Charles Trénet, que j’avais entendu quelque temps auparavant à la radio.

Vers 18 ans, je m’achetais mes premières cassettes de Jean Ferrat, qui resta une de mes grandes passions en matière de chansons, particulièrement dans ses interprétations des poésies d’Aragon.

Vers cet âge – là, je découvris également la musique médiévale et particulièrement pour ce qui nous préoccupe ici, les chansons de troubadours et de trouvères, interprétées par des ensembles actuels. Puis, avançant en âge et poursuivant ma découverte du répertoire français, je m’intéressais aux chansons de la Renaissance au début de la vingtaine.

A la quarantaine, mes goûts se diversifièrent et s’approfondir et j’essayais de mieux connaître la chanson française contemporaine. Je reconnus la valeur des chanteurs et chanteuses tels que Georges Moustaki, Barbara, Maxime Le forestier et Françoise Hardy, même s’ils ne furent jamais parmi mes interprètes favoris. Je renouais avec mes amours de jeunesse et découvris, à la faveur d’une ou deux chansons entendues par hasard à la radio, les chansons pour adultes d’Anne Sylvestre. Quel bonheur se fût alors de rencontrer une chanteuse actuelle selon mes vœux, dont tout, l’interprétation, les textes et la musique étaient considérablement fouillés et d’une qualité rare. Je m’étonnais qu’une chanteuse de ce talent  ne fût connue que pour ses chansons pour enfants alors que ses chansons pour adultes étaient si extraordinairement belles et puissantes. Anne Sylvestre demeure à ce jour ma chanteuse française préférée.

Je découvris aussi le répertoire pour adultes de Jacques Douai, qui me plût infiniment et il n’y a pas grand monde, actuellement, pour lui arriver à la cheville.

Je continuais mes recherches sur la chanson française contemporaine et là  grosse déception, à part ceux que je viens de citer, j’eus l’impression d’avoir à faire à un véritable désert. Aucun de ces prétendus chanteurs n’avaient le talent de leurs prédécesseurs. Je trouvais des chanteurs à  l’interprétation carrément défaillante et à l’indigence des textes, quelques chanteurs mignons ou gentillets mais rien qui ait la puissance de ceux que j’ai cité et comme ça pendant plusieurs années de recherche.

Et puis, à la faveur d’une émission sur la chanson française sur France Musique et d’un article de Télérama, je découvris, il y a quelques années de cela, trois pépites, alors que je commençais à désespérer : Elie Guillou, David Sire Et Amélie Les Crayons, trois véritables auteurs-compositeurs-interprètes qui n’ont pas à rougir devant les productions des anciens.

Il y a tout dans ces textes, de la poésie, de l’humour, de l’amour qui ne soit ni mièvre, ni macho ou agressif, de la tendresse. Je vous invite donc sur les liens suivants si, comme moi, vous avez la véritable chanson française au cœur :

https://www.youtube.com/user/davidsire1

https://www.youtube.com/watch?v=39rqUVsWNbI

http://www.amelielescrayons.com/

 

Voilà, j’espère que j’ai su éveiller votre curiosité pour une chanson française digne de ce nom afin que  vous fassiez vos propres recherches à votre tour, sans se contenter de ce que les médias diffusent à tour de bras, comme des marchands de savonnettes.

 

qu’est ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Qu’est-ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Devant le déferlement de médiocrités en matière de chansons depuis des années qui agressent mes oreilles de façon insupportable, j’ai jugé bon de me rappeler ce qui est pour moi l’art de bien chanter et d’abord de chanter dans ce qui est ma langue maternelle, c’est-à-dire le français.

Cela peut sembler incroyable de rappeler qu’en France, on peut chanter en français et pourtant tant d’artistes pensent que c’est en chantant en anglais qu’ils se feront connaître et apprécier en France. C’est dû aussi au rouleau compresseur anglo -saxon qui veut que pour avoir une quelconque audience et accéder à la diffusion radiophonique et télévisuelle, il faut chanter dans une espèce de « globish », pas toujours maîtrisé d’ailleurs. Et ceux qui s’obstinent à chanter en français se tirent une balle dans le pied dès le début.

La qualité des textes ensuite. Il ne suffit pas de savoir chanter en français, il faut avoir un texte qui ait quelque tenue et ne se contente pas d’ânonner des paroles sans queue ni tête ou d’une pauvreté indigente. Et là, subitement, cela devient le désert, pour trouver une chanteur ou  une chanteuse qui sache chanter et qui soit au service d’un vrai texte d’auteur, il n’y a quasiment plus personne.

Je rectifie, il n’y a plus personne qui peut avoir une chance de se faire connaître, puisque les diffuseurs et les producteurs n’attendent que du prédigéré et du prémâché, des chanteurs –savonnettes, faciles à placer et à remplacer. Je pense qu’l y a en France des auteurs-compositeurs-interprètes qui ont une valeur certaine, mais se faire connaître aujourd’hui tient du miracle, qui, comme on sait, est fort rare et quasi légendaire.

 

C’est que l’éducation musicale est quasi inexistante en France et depuis longtemps, et si l’oreille n’est pas formée dès le plus jeune âge, arrivé vers 20 ans, c’est quasiment impossible à rattraper. Et la quasi-totalité de la population française est dans ce cas-là,  maintenue dans une ignorance musicale presque totale, à tel point que beaucoup de gens ignorent qu’il puisse exister un autre genre de musique que celle qui est déversée par tonneaux entiers dans leurs oreilles.

Ecoutez une émission de radio, la pause musicale sera à 80 ou 90% en anglais, et quand c’est en français la qualité proprement musicale de la chanson et celle du texte est à faire frémir.

Parfois, je me dis que l’on vit dans un pays vraiment colonisé par la culture anglo-saxonne, puisque, en matière de musique et de chansons qui nous occupe ici, les groupes et les chanteurs de langue anglaise sont considérés comme une référence évidente, voire la seule référence possible et imaginable  pour la plus grande partie de la population.

J’en veux pour preuve par exemple l’émission La grande Librairie du 1 er mars 2018. Le physicien Etienne Klein, pour expliquer la nature de la physique, fait une référence aux Beatles et aux Stones. C’est très bien, que dans un but pédagogique, on fasse des liens entre musique et science et je suis persuadée que cela pourrait enrichir notre compréhension de l’une et de l’autre. Mais le scientifique se réfère exclusivement à une culture mondialisée et archi-diffusée, à la manière d’un rouleau compresseur. Sa comparaison pourrait avoir beaucoup  plus de force et de subtilité si son auteur avait quelques notions d’histoire de la musique et quelques connaissances  de la chanson d’expression française de qualité. Mais voilà, comme la très grande majorité de la population française, il n’a vraisemblablement pas reçu le moindre enseignement en ce domaine.

Qu’on se ne méprenne pas, je ne veux pas faire le vieux ronchon qui répète sans arrêt, c’était mieux avant. Mais l’inculture musicale généralisée me pose vraiment question et problème, alors que je me dis que des solutions existent, mais il faut une vraie volonté politique pour cela, et  l’éducation artistique est le cadet des soucis de nos autorités politiques.

 

En ce qui me concerne, j’ai eu une chance extraordinaire, naître dans une famille de mélomanes avertis et avoir bénéficié d’un enseignement musical pendant toute ma primaire. Cet enseignement se faisait à l’école et était dispensé à tous, donc nulle condition de ressources n’était exigée. Et pour moi, comme pour tous les élèves de ces années- là, cela m’a vraiment ouvert un horizon que je ne soupçonnais pas. Je ne suis pas devenue musicienne de métier et il y a beaucoup de choses que j’ignore en ce domaine, mais cela m’a ouvert les oreilles et l’esprit et m’a donné la curiosité nécessaire pour aller voir ailleurs et ne pas me contenter du prémâché déversé par les médias.

Je ne prétends pas du tout être une autorité  en matière de musique, mais j’aime et j’ai le goût d’apprendre ce qui m’est inconnu, j’ai la passion des voyages musicaux dans le temps ou dans l’espace et ça c’est irremplaçable pour conserver sa jeunesse d’esprit. Je cesserai d’avoir le désir d’apprendre le jour où je mourrais et encore, cela n’est pas sûr.

Comme un goût de l’ailleurs, essai de généalogie musicale

Comme un goût d’ailleurs, essai de généalogie musicale.

 

 

Lorsque l’on recherche les origines d’une vocation, artistique, ou autre, on se cherche des grands ancêtres ou des figures tutélaires, cet article est  une tentative de faire le point sur mes influences sonores ou musicales.

 

 

Je parle d’influences musicales ET sonores, car souvent, c’est le son qui m’intéresse autant que la musique, voire même parfois avant la musique.

 

Déjà, petite, j’étais fascinée par les sons que j’entendais autour de moi, un chant d’oiseau, une porte qui claque, un aboiement au loin et déjà j’échafaudais une histoire digne des milles et une nuit avec ces sons, heureuse de les entendre et d’immerger dans cet environnement sonore qui m’entourait.

Je n’avais de cesse d’être à l’affût de ce qui m’entourait, écoutant tout, regardant tout et n’étant plus qu’une oreille et qu’un regard. Car c’est là que je suis avant, quelqu’un qui observe et qui écoute, une méditative, une contemplative.

 

J’adorerais écouter à la radio (car mes parents écoutaient beaucoup la radio) des reportages sur des coins de France ou d’ailleurs, j’adorais entendre tous ces sons venus d’ailleurs, d’endroits que je pouvais imaginer et me représenter à ma guise dans mon imagination d’enfant. Une émission m’a particulièrement marquée dans mon jeune âge, c’était Le pays d’ici, des reportages en immersion dans divers coins de France. C’est cette émission, et la radio en général, qui ont beaucoup contribué à façonner mon univers sonore et musical.

 

C’était toujours à la radio que je découvris, vers l’âge de 15 ans, ce qui allait devenir ma grande passion musicale, avec les sons de la nature, l’ethnomusicologie.

Quand je rentrais du collège, puis du lycée, il y avait une émission vers 17h qui parlait des musiques de tradition orale. Et comme j’avais pris l’habitude, sur le modèle de mes parents, de beaucoup écouter la radio, je découvris petit à petit cet univers musical qui progressivement m’enchanta.

 

Cet univers me parlait d’ailleurs, de pays inconnus avec des noms étranges où je rêvais d’aller, il me transportait bien loin de là où j’étais, et pendant ce court moment de l’émission, j’étais heureuse et pleinement en accord avec moi- même.

Pour moi, qui ne me sentais guère de  mon époque et qui ressentait toujours comme une étrange impression d’exil, une espèce de nostalgie diffuse de je ne savais trop quoi, pour la première fois  de mon existence, je me trouvais enfin  une terre d’appartenance, un lieu où je me sentais enfin pleinement chez moi. En écoutant ces musiques, qu’il s’agisse du chant diphonique mongol[1], de la polyphonie pygmée[2] ou bien du gamelan de Java ou de Bali[3], je me trouvais soudain transportée ailleurs, loin de toutes mes préoccupations présentes et en parfaite communion avec les musiciens qui jouaient ces musiques là.

J’avais enfin trouvé une terre où vivre et espérer, un paradis où me refugier, un pays d’appartenance où je puisse être enfin moi, pleinement et complètement.

 

Cet amour pour les musiques de tradition orale n’a jamais cessé et n’a fait que croître et embellir et bientôt il s’est doublé d’une autre passion, celle des sons et des chants de la nature.

En effet, j’ai toujours adoré entendre ce qui se passait autour de moi, très attentive au paysage sonore qui m’entourait, en particulier quand je me trouvais dans la nature, qu’il s’agisse de la pleine nature ou bien d’un jardin ou d’un parc.

Jeune adulte, j’ai commencé à collectionner les cd d’enregistrements des sons de la nature, du monde entier. Et j’ai pris plaisir ainsi à voyager de pays en pays, de continent en continent, en vrai nomade de l’oreille.

Puis la passion s’accroissant de plus en plus, j’ai trouvé que cela n’était pas suffisant et j’ai commencé d’enregistrer les sons autour de moi. J’enregistre les chants d’oiseaux à l’aube au printemps à la campagne ou bien dans mon jardin, mais aussi les fontaines, les cascades, la pluie et l’orage, ainsi que des bruits de mon environnement quotidien sortes de cartes postales sonores des sons que j’entend autour de là où j’habite.

J’ai aussi commencé à écrire des sortes de petits contes sonores, pour l’instant essentiellement avec des sons de banques de son, car ma sonothèque n’est pas encore très fournie, ni diversifiée, mais j’ai bon espoir de pouvoir réaliser des œuvres qui m’appartiennent en propre bientôt.

 

J’ai aussi un autre goût pour l’ailleurs en matière de musique, cette fois dans le temps, les musiques anciennes, qu’il s’agisse de musiques médiévales ou de la renaissance. Ce goût, je le dois encore à la radio, qui sut ouvrir mon esprit et mon oreille à une matière sonore qui n’est peut être pas évidente au premier abord, mais fort plaisante quand on  s’y est habitué. L’émission Le matins des musiciens fut pour beaucoup dans mon goût pour ce genre de musique, et je me souviens en particulier d’une semaine consacré à l’ars nova[4], qui fut tout à fait fabuleuse.

J’aime aussi bien la musique sacrée que la musique profane des ces temps là, un motet de Guillaume de Machaut[5] comme un chant de troubadours ou bien une ensalada[6] espagnole. ET lors que j’écoute ce genre de musique, c’est comme si je me trouvais tout d’un coup Jaufré Rudel[7] déclamant pour sa bien aimé ou bien en plein milieu d’une fête dans la brillante cour de Gaston Phoebus, comte de Foix[8] et mon sentiment permanent d’exil s’apaise quelque peu.

 

 

Ainsi, l’on peut voir que mes goûts et mes influences en matière sont marqués par un goût de l’ailleurs et de l’inconnu, d’aller entendre ce qui se fait autrement et dans d’autres pays que le mien. Ainsi, après avoir puissamment apaisé mon sentiment permanent d’exil, ces musiques de traditions orales, anciennes ou ces sons de la nature, ont fait de moi un vrai nomade de l’oreille, qui sait faire voyager son imagination et sa sensibilité grâce à ces terres qui, sans, cela,  me seraient restés à tout jamais étrangères.

 

 

Pour ceux qui voudraient entendre ce que j’enregistre et je crée, voici deux liens :

 

https://www.mixcloud.com/lucile-longre/

 

https://soundcloud.com/lucile-longre

 

 

 

 

[1] http://blog.syti.net/index.php?article=367

[2] https://www.youtube.com/watch?v=ApZVPIP1uhg

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gamelan

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ars_nova

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Machaut

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ensalada_(musique)

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jaufr%C3%A9_Rudel

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_III_de_Foix-B%C3%A9arn

plaidoyer pour le patrimoine sonore

Plaidoyer pour le patrimoine sonore

 

Lorsque j’écoute la radio, lorsque que j’observe mes contemporains dans leurs activités quotidiennes, je me rends compte à quel point l’écoute du monde environnant, je veux dire une écoute réelle, participante et engagée a peu de place.

A la radio, il y a un fond musical uniforme en général, qui tient plus de la muzak[1] que d’autre chose. Les émissions qui se préoccupent d’ouvrir les oreilles des auditeurs vers des horizons plus variés, à la découverte des musiques du monde par exemple, comme dans l’émissions Ocora, couleurs du monde sur France musique, ou bien celles qui s’intéressent à restituer l’ambiance sonore d’un lieu particulier, comme l’a fait pendant des années l’émission Le pays d’ici, sur France Culture, sont bien rares et souvent menacées.

Et quand à pratiquer une écoute plus attentive et engagée de l’environnement qui nous entoure, pour bien de nos concitoyens, cela relève bien souvent de l’inconcevable, voire de l’inouï au sens premier du terme. Bien au chaud derrière les prothèses auditives que constituent leurs mp3 vissés sur leurs oreilles, ils circulent dans la vie, inconscients que, précisément, cette vie leur échappe pour la plus grande part. Je reste persuadé qu’ils n’imaginent pas une seule seconde qu’en dehors de la muzak diffusée à plein dans leurs oreilles par les mp3, il y a tout un monde, sonore, qu’ils ignorent, voire qu’ils méprisent.

 

C’est pour cela que des initiatives, telle celle de Gilles Malatray[2], qui à travers des projets tels que les « points d’ouïe » et les « parcours audio sensibles », ou bien celles du GMVL, avec le projet européen, «  le paysage sonore dans lequel nous vivons [3]», qui regroupent plusieurs structures du nord de la Méditerranée, sont vraiment à saluer et à encourager.

En amenant les personnes à prendre en compte de la richesse et de l’importance du monde sonore qui les entourent, et de sa valeur patrimoniale qui nous concernent tous, ces initiatives permettent d’envisager un vivre-ensemble soucieux des autres et de l’environnement, sans parler du travail des audionaturalistes, qui visent à nous faire mieux appréhender et par là à nous faire mieux protéger la biodiversité dans son ensemble.

C’est en cela que le travail des audionaturalistes, tel Fernand Deroussen, qui avec sa structure Naturophonia[4], sillonne inlassablement la planète pour nous faire entendre les merveilles qu’elles recèlent. Ce travail de Fernand Deroussen et de ses collègues devraient être mieux connu et partagé, car ils nous ouvrent vers une dimension de notre monde, trop souvent méconnue, et permettent, par cette connaissance même, la prise de conscience de  la nécessité de protéger notre patrimoine naturel, si gravement menacé, à l’heure actuelle.

 

Pour l’instant, la sauvegarde et la prise en compte de notre patrimoine et de notre environnement sonore ne semble encore pas vraiment à l’ordre du jour, tellement, de partout dans notre quotidien et à la radio, c’est le règne omniprésent de la musique préfabriquée et formatée. Mais je ne désespère pas qu’à force de multiplier les initiatives et les projets de découvertes de notre environnement sonore, des graines finissent par germer et des oreilles et des cœurs s’ouvrirent enfin sur notre monde tel qu’il est, dans toute sa richesse et sa diversité. C’est en tout cas, le vœu que je forme pour l’avenir.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Muzak

[2] https://desartsonnantsbis.com/

[3] http://paysagesonore.eu/

[4] https://naturophonia.jimdo.com/