Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Je désirerais, dans cet article, montrer en quoi le domaine du merveilleux et le domaine de l’érotisme peuvent se rapprocher et être complémentaires, chacun bénéficiant de l’apport de l’autre.

Pour moi, l’érotisme est toujours en relation avec le domaine de la magie, celui du mystique, du mythique et du merveilleux[1]. Lorsque j’écris un texte érotique, qu’il soit en prose ou en poésie, je pense toujours aux grands ancêtres en la matière, comme le Cantique des cantiques, littérature hautement sensuelle si il en est, et en même temps, en faisant appel à nombre de métaphores et d’images qui nous racontent une histoire.

Fondamentalement, lorsque j’écris un texte de littérature, à l’origine, il y a toujours le désir de raconter une histoire, le désir de me rattacher à tous ces contes et légendes, ces féeries qui m’ont permis de vivre enfant[2]. Et je me dis souvent, quand il n’y aurait  plus qu’une personne pour croire encore aux fées, aux elfes et aux farfadets, il y aurait  encore de la place pour rêver et espérer en ce monde, et la planète Terre et ses habitants pourraient être encore sauvés.

Et l’érotisme s’inscrit pour moi dans ce projet global d’enchanter le monde, de le rendre plus aimable et plus vivable ; comme force de vie, il nous relie, comme le fait également le merveilleux, aux forces de la nature, aux esprits cachés et secrets qui s’agitent tout autour de nous. Ces esprits,  nous ne les voyons pas, mais pour peu que l’on soit un peu ouvert au monde du rêve, on peut les sentir et les imaginer. Et lorsque l’on écrit un texte érotique, dans ma conception tout au moins, on se relie à toutes ces forces cachées qui existent dans notre environnement naturel. Rien d’étonnant donc, du moins en ce qui me concerne, à ce que ma production érotique soit toujours en rapport avec l’univers des songes et de la féerie.

Je crois fondamentalement que, en en tant qu’artiste, ma mission, si tant est qu’un artiste puisse avoir une mission, est de réenchanter le monde, de maintenir vivant l’espoir et le rêve, car tant qu’on peut rêver et espérer, on a encore, pour moi, une raison de vivre et d’exister, pleinement et totalement. Par les histoires que je peux raconter, les poèmes que j’écris, les photographies et les vidéos que je produis, c’est toujours dans le même désir et le même dessein, offrir aux gens un moment pour faire vivre leur imaginaire,  leur offrir un moment de répit, pour respirer et exister en tant qu’être vivant et ressentant.

Et l’érotisme est un des moyens que j utilise pour cela, une porte d’entrée vers le monde des contes et du merveilleux, une porte d’entrée vers cet univers de magie et de féerie que chacun porte un peu en soi.

Ainsi, on voit, que loin d’être une rencontre forcée et factice, le rapprochement du merveilleux et de l’érotisme, dans ma production littéraire, obéit à des raisons précises, réenchanter le monde, de toutes les façons possibles[3].


[1] Pour qui voudrait se renseigner sur mes sources d’inspiration en matière de poésie amoureuse, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2017/07/18/la-poesie-amoureuse-dorient-et-doccident-essai-de-genealogie-litteraire/

[2] Pour l’influence et l’importance du merveilleux dans ma production littéraire, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2018/03/22/du-merveilleux-en-litterature-essai-de-genealogie-litteraire-suite/

[3] Pour ceux qui voudraient avoir un échantillon de ma production littéraire de merveilleux érotique, ils peuvent se reporter au livre suivant  https://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/litterature-erotique/dans-la-foret-des-contes-2993066?fbclid=IwAR2F-aRomZNO-AJAt5VD6qI9B8qOZtfsBqZOK-LOXep4D1QM5bd-ALeNREM



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du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite

Du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite.

 

 

Je voudrais à présent aborder la question du merveilleux en littérature, en particulier l’influence qu’ont pu avoir sur moi les contes et légendes lus dans l’enfance ainsi que les écrits des auteurs que l’on range souvent dans l’école du réalisme magique, à savoir Henri Pourrat, André Dhôtel et Henri Bosco.

 

 

Petite, pendant mon adolescence et mon jeune âge adulte, je vivais seulement dans et pour les œuvres qui sollicitaient mon imaginaire, l’enflammaient, comme les contes et légendes et les mythologies diverses et variées.

 

Quand j’étais tout enfant, mon père nous  racontait parfois des contes de Perrault ou des frères Grimm et j’adorais ça. Nul doute que cela a contribué largement à mon goût, toujours actuel, pour le merveilleux et la féérie.

 

Un jour, je devais avoir 7 ou 8 ans, ma mère ramena un livre à la ma maison, Contes et légendes de l’antiquité grecque et romaine, un livre de la collection Nathan sur les contes et légendes, à couverture blanche et ce fut une révélation ! Un monde entier s’ouvrait à moi, un monde fait de créatures magiques, d’aventures fabuleuses et paysages oniriques, un monde selon mon cœur. Enfin, j’avais trouvé une terre d’appartenance !

 

Depuis lors, mes parents m’offrirent à chaque Noël, fête ou anniversaire un livre de cette collection, ainsi que celle des éditions Gründ. Je vivais en esprit dans ce monde et légendes, mon corps n’étant présent qu’en apparence dans le monde réel. A chaque récit, j’étais le chevalier, le preux, le héros qui allait délivrer la princesse et combattre les monstres, je vivais en imagination des aventures fabuleuses, des épopées incroyables, je rencontrais des êtres fabuleux et magiques, bref, j’étais bien, heureuse, au milieu de ceux que je ressentais comme des pairs et des frères.

 

Plus tard, adolescente et jeune adulte, je découvris des ouvrages littéraires qui baignaient aussi dans une certaine atmosphère de féérie, entrecoupée d’éléments réels, c’est ce que l’on appelé le « réalisme magique », au nombre desquels, on peut compter notamment André Dhôtel[1], Henri Bosco[2], Henri Pourrat[3], autant d’auteurs injustement méprisés et oubliés de nos jours.

Leurs livres étaient empreints d’un certain côté merveilleux, voire fantastique, tout en s’inscrivant dans un cadre de vie actuel, qui faisait apparaître l’ordinaire extraordinaire et savaient débusquer le côté magique des choses là où l’on ne l’attendait pas. Ah que de journées et de soirées délicieuses j’ai passé à lire et à relire L’âne Culotte, Le ciel du faubourg ou Gaspard des Montagnes. Ces livres ont vraiment enchantés mes 20 ans et quand j’écris un conte ou un roman, je me sens souvent dans la filiation de ces auteurs.

 

Je recherche, moi aussi, dans chacune de mes œuvres, photographiques, poétiques ou de romans et de contes, à faire jaillir le merveilleux du quotidien, à faire sentir combien notre monde et notre environnement peut être porteur de magie et de féérie pour qui sait le regarder et le comprendre, je me sens parfois un peu comme une chamane du XXI ème siècle.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Dh%C3%B4tel

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bosco

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Pourrat

L’Orient au cœur, essai de généalogie littéraire

L’Orient au cœur, essai de généalogie littéraire 2.

 

 

Lorsque l’on cherche d’où vient la vocation d’écrire, on se met en quête  de figures tutélaires et de grands ancêtres. Cet article va donc étudier mes inspirations littéraires, en particulier pour ce qui concerne l’Orient, et spécialement la Chine et le Japon.

 

 

 

J’ai toujours aimé écrire et j’écris des textes, des poèmes, quasiment depuis que je sais écrire, depuis l’âge de 7 ou 8 ans. Cette précocité de ma vocation, qui m’a causé quelques désagréments alors que j’étais d’âge scolaire, s’est poursuivie de mes 7 ans à mes 15 ans, date à la quelle j’ai cessé d’écrire de la poésie. La  charge de travail en classe s’alourdissant de plus en plus, et moi- même ayant sans doute cessé de croire en mon talent poétique, ou n’en éprouvant plus la nécessité interne, je n’ai repris la plume que vers 35 ans, alors que beaucoup de choses dans ma vie  avaient changé.

A l’âge de 35 ans, la nécessité d’écrire est revenue, une nécessité vitale, urgente, où j’avais l’impression que ma vie pouvait dépendre de ces quelques mots jetés sur le papier, où plutôt sur l’ordinateur (je n’écris que sur l’ordinateur, sur le papier, je n’arrive à rien et mon inspiration se fige et se bloque).

Je crois que je peux dire, qu’à l’époque, l’écriture m’a sauvé ou du moins qu’elle a été un facteur primordial et essentiel de ma renaissance. A présent, et depuis quelques années, j’ai un rapport plus apaisé à l’écriture et j’ai aussi diversifié ma production littéraire, romans, essai, articles divers …

 

Pour ce qui concerne mon œuvre poétique à proprement parler, j’ai déjà tenté de dresser un portrait de mes influences littéraires en matière de poésie amoureuse[1]. A présent, je souhaiterais parler de mes inspirations extrême-orientales, japonaises et chinoises surtout, pour ce qui concerne mon écriture poétique.

 

 

Le Japon et la Chine sont venus vraiment dans ma vie, vers l’âge de 30 ans, alors que j’étais en plein désarroi intérieur et en pleine recherche d’une nouvelle façon de vivre, de penser et d’espérer. Au fond de la nuit où je me débattais, il y avait un rêve d’Orient, un désir d’Orient, et particulièrement d’Extrême-Orient, et je me suis mise activement à rechercher tout ce qui parlait de cette région du monde, et tout spécialement du Japon.

J’ai commencé à m’intéresser au cinéma japonais, notamment au cinéma d’animation (les studios Ghibli), ainsi qu’à l’art du Japon et de la Chine, à leur littérature et à leur mode de vie. Le mode de vie japonais traditionnel, particulièrement, par son esprit de calme et de dépouillement, son caractère méditatif m’attira beaucoup, moi qui vivais une véritable tempête intérieure.

Je me passionnais aussi pour les arts martiaux (passion qui n’a pas cessée depuis et m’a inspiré toute une série d’articles et toute une théorie où je lie arts martiaux et photographie[2]), et faute d’avoir une santé suffisante pour pouvoir les pratiquer, j’appris beaucoup sur eux par les livres et les vidéos que je pus voir sur le net.  Et  ce que je retirais de cette étude, comme  de celles de toutes les voies japonaises (calligraphie, thé…), que j’étudiais également, modifia considérablement et définitivement mes manières de ressentir et d’agir, mon mode de pensée et ma façon d’écrire.

Pour moi, il y eut vraiment un avant et un après la rencontre avec les civilisations d’Extrême- Orient.

 

 

Pour ce qui regarde ma production poétique, au fur et à mesure que je prenais connaissance de la poésie chinoise et japonaise, je prenais aussi conscience de la nécessité de faire évoluer mon écriture, qui était jusque là assez ample et lyrique, avec de longs poèmes et une écriture assez profuse.

J’avais envie de changement, d’une écriture plus resserrée, plus dense, plus essentielle, où chaque mot devait être pensé longuement. Je désirais plus de concision dans l’expression, un côté beaucoup plus méditatif et contemplatif, qui correspondait beaucoup mieux à ma nouvelle manière d’être.

Je restais bien deux ou trois ans sans écrire ou quasiment, le temps que la métamorphose, que le chemin intérieur se fasse, et si cela me sembla long parfois et où je crus à de nombreuses reprises mon inspiration et mon talent poétique envolés, je me rends compte à quel point cette attente fut nécessaire et heureuse.

Cette attente m’appris la patience, et le fait que prendre son temps pour aboutir à un meilleur résultat n’était pas une mauvaise chose. C’est en particulier une chose que je retire de l’étude de la calligraphie japonaise, que je pratiquais quelques mois à Paris (j’aurais bien voulu continuer cette étude, mais cela ne fut pas malheureusement possible).

Durant ces quelques cours que je suivis avec un maitre japonais, il nous fit comprendre la nécessité tout d’abord de bien méditer avant d’entreprendre une calligraphie ( chaque cours commençait d’abord par 20 mn de méditation), et ensuite, il nous appris le goût du bon geste, en nous faisant refaire encore et encore la calligraphie en cours tant que nous n’aurions pas le geste qu’il faut et donc le cheminement intérieur qui va avec. Il y a quelque chose de profondément apaisant dans l’exercice de la calligraphie japonaise (et chinoise aussi, mais je ne l’ai pas pratiquée), on se concentre sur son geste, uniquement sur cela, on se recentre en soi même, dans une sorte de transe presque hypnotique, mais infiniment calmante, en tout cas dans mon expérience.

 

Et c’est cette attitude interne de méditation et de concentration apprise en calligraphie que je voulais transposer dans mon art poétique et dans ma vie toute entière. Cela prit du temps, comme toute chose que l’on veut installer sur des bases solides, mais petit à petit, cela se fit, et progressivement, je me remis à écrire d’une façon qui me satisfasse  beaucoup mieux  et plus complètement.

L’influence de cet apprentissage se fit sentir dans toute mon existence, et dans ma pratique photographique également, qui se veut avant être une contemplation et une méditation  dans et sur la nature qui nous entoure.

 

Ainsi, ma rencontre avec l’Extrême-Orient fut une rencontre vitale, de celle qui transforme une vie entière, de celle qui sauve  et enchante à jamais une existence. Aussi, je peux véritablement dire que, pour toujours, j’ai l’Orient au cœur.

 

Pour ceux qui voudraient lire mes poèmes, ils peuvent  se rendre sur cette page Facebook, où je poste des poèmes accompagnés de photos de temps en temps[3], ainsi que sur ce site (qui sera remis à jour bientôt)  [4].

 

[1] https://lejardindepensees.com/2017/07/18/la-poesie-amoureuse-dorient-et-doccident-essai-de-genealogie-litteraire/

[2] https://imagesetimageurs.com/category/reflexions-photographiques/

[3] https://www.facebook.com/LucileLongre/

[4] http://eowin69.free.fr/

la poésie amoureuse d’Orient et d’Occident, essai de généalogie littéraire

La poésie amoureuse d’Orient et d’Occident, essai de  généalogie littéraire.

 

 

Lorsque l’on se penche sur l’origine d’une vocation littéraire, on se cherche en général des grands ancêtres et des figures tutélaires, c’est ce que je vais m’efforcer de faire à présent.

 

 

En effet, lorsque je me suis interrogée sur les sources possibles de mon inspiration littéraire et particulièrement poétique, je suis mise à la recherche de grands ancêtres en ce domaine, de poètes et de poétesses dont l’exemple avait pu m’inciter à écrire et constituer les racines de ma vocation poétique.

 

J’ai diverses sources d’inspiration quand j’écris de la poésie, centrée principalement sur le thème de la nature et des ses beautés, et l’une des formes principales que je choisis pour exprimer cela, est la poésie amoureuse. Je peux être indifféremment un homme ou une femme déclarant son amour à l’élu de son cœur, mais c’est toujours  à travers des manifestations  ou des personnifications naturelles que l’amour trouvera à s’exprimer. C’est une caractéristique constante de ma poésie que de se relier constamment à l’environnement naturel pour exprimer son émotion et ses ressentis, et cela, je l’ai autant emprunté à quelques uns de mes modèles en écriture qu’elle m’est une caractéristique personnelle et essentielle. Toute mon œuvre littéraire et toute ma production en général ne peuvent se comprendre que  par rapport à ce goût viscéral pour toute vie végétale, animale et tout ce qui constitue le paysage en général. Je n’écris que pour me sentir encore mieux reliée au monde vivant et à la nature et pour mieux les faire comprendre,  défendre et respecter par mes lecteurs.

 

Lorsque je me penche sur l’origine de ma vocation poétique, et spécialement sur celle de la poésie amoureuse,  me vient alors comme référence première la première civilisation à avoir connu l’écriture, à savoir la civilisation sumérienne et mésopotamienne.

De fait, j’ai découvert cette civilisation et ses réalisations à l’âge de 18 ans, à travers l’ouvrage qui a révélé cette civilisation au  grand public français, L’histoire commence à Sumer de Samuel Noah Kramer[1]. Cet ouvrage fut pour moi une révélation et m’ouvrit un monde et une culture encore insoupçonnés jusque là. Grâce à cet ouvrage, je fus instruite  sur les origines de notre civilisation occidentale et sur  ce qu’elle devait aux pays du Croissant Fertile. Je pris ainsi connaissance des premiers écrits connus  depuis l’invention de l’écriture, en 3200 avant notre ère, et notamment des premiers poèmes composés depuis cette invention. Ce qui me frappa dans ce que je lus alors, fut de constater la présence, dès les origines de l’écriture, de l’écriture poétique et de l’écriture amoureuse.

Certes, cela ne ressemblait pas à ce qui se pouvait  s’écrire  au XX ème siècle finissant, mais cela était malgré tout étrangement familier et aussi rassurant de constater que quelques milliers d’années avant nous, les hommes de cette époque  (quid des femmes ?) avaient ressenti et sut exprimer les mêmes émotions que nous.

 

Après cette première découverte des origines proche-orientales de notre civilisation, je fus amenée à m’intéresser de plus près à l’Orient en général, ainsi qu’à l’Asie et au monde arabo- musulman.

Je me penchais d’abord plus attentivement sur ce que notre époque devait à la culture juive, en particulier sur l’influence qu’avaient eu la Bible, et la civilisation qui l’avait écrite, sur notre monde contemporain. Un écrit surtout me frappa et continue de me frapper encore et encore, c’est le Cantique des Cantiques[2]. Ce texte eut pour moi et mon écriture  une importance fondamentale et il est impossible pour quiconque de comprendre pourquoi et comment j’écris,  s’il ne se réfère au Cantique des Cantiques.

Jamais texte n’eut si grande et si précoce influence sur moi et je ne cesse, même à présent, d’y revenir encore et encore.

Partant du monde de la Bible, je passais à la civilisation égyptienne antique, où ce furent d’abord les hymnes à Aton du Pharaon Akhénaton et de son épouse Néfertiti [3]qui retinrent mon attention. J’y découvris, par delà les siècles, une proximité de sensibilité et d’inspiration qui me troubla beaucoup et me fit grand bien.  Par la suite, dans mon âge adulte, je découvris la poésie amoureuse de l’Egypte Antique, genre qui naquit au Nouvel Empire et mourut avec lui, et j’y retrouvais là aussi une communauté  de sentiments et d’expression[4]. Là aussi, il est impossible comprendre mon œuvre poétique si l’on oublie cette influence précoce sur mon écriture.

 

Avançant en âge et dans mon écriture, j’explorais de nouveaux horizons, et ce fut la poésie courtoise et amoureuse de l’époque médiévale qui attira mon intérêt.

Lorsque qu’on parle de la poésie lyrique médiévale, il ne faut surtout pas oublier l’influence et l’importance qu’eût la poésie amoureuse arabo-musulmane, transmis par l’intermédiaire de l’Espagne musulmane, Al Andalus[5], sur l’écriture  courtoise de l’Europe entière. On discute encore, à l’heure actuelle, de la portée de cette influence, et de savoir si vraiment la poésie courtoise du moyen-âge chrétien n’eut pas existé sans l’apport arabo-musulman, mais c’est un fait solidement établi à présent que  cet apport eut un effet indéniable et précoce sur la production poétique chrétienne.

 

Quant à moi, je ne découvris cette importance que bien des années plus tard, avec notamment la lecture de l’œuvre de Majnun[6], mais, là aussi, cette influence sur mon écriture, bien que tardive, fut réelle.

 

Je pris connaissance de la poésie courtoise médiévale[7] lorsque j’avais une vingtaine d’années et cette lecture fut déterminante pour moi dans mon processus d’écriture. Après cette découverte, je sus pourquoi et comment écrire, au moins pour une part de mon œuvre poétique. Cette manière d’écrire me marqua beaucoup et j’adorais particulièrement les aubes, genre littéraire qui parle du départ des amants, lorsque l’aube va poindre. Une aube en particulier, celle de Gace Brulé[8], me marqua durablement, et est à l’origine de nombre de mes poèmes où je traite de la nuit et de l’aube, vues à travers le regard des amants.

Je découvris l’œuvre des Trobairitz[9], troubadours de sexe féminin, dont ils nous restent quelques œuvres, et d’une certaine façon, je me sens un peu  leur héritière aujourd’hui.

 

Poursuivant mon chemin poétique, je trouvais dans mon exploration l’œuvre de Charles d’Orléans[10], qui demeure, encore à ce jour, un de mes poètes préférés. La profonde mélancolie en même temps que la profonde élégance  qui se dégageaient de la lecture de ces poèmes, me charma plus que tout et j’y appris l’art de narrer des peines profondes avec grâce et distinction. Le prince des poètes m’enseigna l’art de ne pas m’épancher outre mesure et de garder une élégance naturelle en tout. Aujourd’hui encore, j’éprouve grand plaisir à me replonger de temps à autre dans ces ballades et rondeaux.

 

Etant lyonnaise d’origine, je ne pouvais que m’intéresser aux poètes lyonnais et spécialement aux grands poètes de la Renaissance lyonnaise que furent Louise Labbé, Maurice Scève, Pernette du Guillet et Olivier de Magny.

Louise Labbé[11], en particulier, retint mon attention. Par l’incandescence de son écriture amoureuse et sa liberté de ton, elle ne pouvait que me plaire, et là encore, je me sens quelque peu son héritière.

 

 

 

 

Continuant ma quête de sources d’inspiration poétiques, je  rencontrais sur mon chemin, la poésie persane[12], en particulier celle de Rumi[13], ainsi que l’œuvre d’une mystique musulmane, Rab’ia Al  Adawiyya[14].

L’influence qu’eut la poésie persane sur mon écriture fut l’une des plus profondes, car je retrouvais dans cette écriture, deux thèmes qui m’étaient particulièrement chers, la célébration de l’amour et celle des beautés de la nature, deux thèmes que je devais par la suite entremêler constamment dans ma production littéraire.

Les deux mystiques que sont Rabi’a et Rumi, eurent aussi un rôle important dans ma façon d’écrire, comme tous les écrits mystiques que j’ai lu d’ailleurs      (je pense ici en particulier à Sainte Thérèse d’Avila et à Saint Jean de la Croix). La façon dont les poètes mystiques habitent  leurs œuvres, la passion portée à son paroxysme dont ils font preuve et dont ils rendent compte dans leurs poèmes, m’a marqué durablement, et il y a indéniablement quelque chose d’une quête mystique dans chacun de mes poèmes, même si cela ne se rattache à aucune religion en particulier. Je trouve qu’il y a toujours quelque chose d’un peu sacré dans l’écriture poétique, en particulier, comme c’est le cas dans la poésie persane, quand il est question de nature  et d’amour.

 

Ainsi, on voit que ma poésie amoureuse est d’influence diverse, particulièrement orientale et asiatique, sans oublier non plus des inspirations plus chrétiennes et occidentales. Je me plais à être ainsi le fruit de diverses civilisations et diverses époques, car le poète est avant tout un explorateur et un citoyen du monde, avant que d’être d’un temps et d’un espace donné. Ecrire, c’est surtout chercher et se réinventer à chaque instant, et considérer le monde entier comme son domicile et son berceau.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_Noah_Kramer

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_Cantiques

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Akhenaton

[4] http://www.cnrseditions.fr/litterature/6219-paroles-d-amour-serge-feneuille.html

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Andalus

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Majnoun_et_Leila

[7][7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Troubadour

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouv%C3%A8re

[8] http://ebooks.unibuc.ro/lls/MihaelaVoicu-LaLiterature/Trouveres.htm

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Trobairitz

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_d%27Orl%C3%A9ans

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Lab%C3%A9

[12] http://www.lesclesdumoyenorient.com/La-poesie-persane-classique-formes.html

[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Djal%C3%A2l_ad-D%C3%AEn_R%C3%BBm%C3%AE

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Rabia_al_Adawiyya