Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Je désirerais, dans cet article, montrer en quoi le domaine du merveilleux et le domaine de l’érotisme peuvent se rapprocher et être complémentaires, chacun bénéficiant de l’apport de l’autre.

Pour moi, l’érotisme est toujours en relation avec le domaine de la magie, celui du mystique, du mythique et du merveilleux[1]. Lorsque j’écris un texte érotique, qu’il soit en prose ou en poésie, je pense toujours aux grands ancêtres en la matière, comme le Cantique des cantiques, littérature hautement sensuelle si il en est, et en même temps, en faisant appel à nombre de métaphores et d’images qui nous racontent une histoire.

Fondamentalement, lorsque j’écris un texte de littérature, à l’origine, il y a toujours le désir de raconter une histoire, le désir de me rattacher à tous ces contes et légendes, ces féeries qui m’ont permis de vivre enfant[2]. Et je me dis souvent, quand il n’y aurait  plus qu’une personne pour croire encore aux fées, aux elfes et aux farfadets, il y aurait  encore de la place pour rêver et espérer en ce monde, et la planète Terre et ses habitants pourraient être encore sauvés.

Et l’érotisme s’inscrit pour moi dans ce projet global d’enchanter le monde, de le rendre plus aimable et plus vivable ; comme force de vie, il nous relie, comme le fait également le merveilleux, aux forces de la nature, aux esprits cachés et secrets qui s’agitent tout autour de nous. Ces esprits,  nous ne les voyons pas, mais pour peu que l’on soit un peu ouvert au monde du rêve, on peut les sentir et les imaginer. Et lorsque l’on écrit un texte érotique, dans ma conception tout au moins, on se relie à toutes ces forces cachées qui existent dans notre environnement naturel. Rien d’étonnant donc, du moins en ce qui me concerne, à ce que ma production érotique soit toujours en rapport avec l’univers des songes et de la féerie.

Je crois fondamentalement que, en en tant qu’artiste, ma mission, si tant est qu’un artiste puisse avoir une mission, est de réenchanter le monde, de maintenir vivant l’espoir et le rêve, car tant qu’on peut rêver et espérer, on a encore, pour moi, une raison de vivre et d’exister, pleinement et totalement. Par les histoires que je peux raconter, les poèmes que j’écris, les photographies et les vidéos que je produis, c’est toujours dans le même désir et le même dessein, offrir aux gens un moment pour faire vivre leur imaginaire,  leur offrir un moment de répit, pour respirer et exister en tant qu’être vivant et ressentant.

Et l’érotisme est un des moyens que j utilise pour cela, une porte d’entrée vers le monde des contes et du merveilleux, une porte d’entrée vers cet univers de magie et de féerie que chacun porte un peu en soi.

Ainsi, on voit, que loin d’être une rencontre forcée et factice, le rapprochement du merveilleux et de l’érotisme, dans ma production littéraire, obéit à des raisons précises, réenchanter le monde, de toutes les façons possibles[3].


[1] Pour qui voudrait se renseigner sur mes sources d’inspiration en matière de poésie amoureuse, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2017/07/18/la-poesie-amoureuse-dorient-et-doccident-essai-de-genealogie-litteraire/

[2] Pour l’influence et l’importance du merveilleux dans ma production littéraire, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2018/03/22/du-merveilleux-en-litterature-essai-de-genealogie-litteraire-suite/

[3] Pour ceux qui voudraient avoir un échantillon de ma production littéraire de merveilleux érotique, ils peuvent se reporter au livre suivant  https://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/litterature-erotique/dans-la-foret-des-contes-2993066?fbclid=IwAR2F-aRomZNO-AJAt5VD6qI9B8qOZtfsBqZOK-LOXep4D1QM5bd-ALeNREM



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l’eau, une âme pour les jardins

 

 

L’eau, une âme pour les jardins.

 

Lorsqu’on se préoccupe de jardins, on s’intéresse forcément à la question de l’eau, qu’il s’agisse simplement de l’irrigation ou bien de faire de l’eau un élément paysager du jardin à part entière.

Quand on parle d’irrigation, on pense évidemment aux jardins arabo-musulmans, comme le jardin de l’Agdal [1], fondé au XIIème siècle, au Maroc, près de Marrakech par un souverain almohade. Les Almohades ont mis au point un savant système de canaux pour faire venir l’eau depuis la montagne du Haut-Atlas, à quelque distance de la ville et du jardin. L’eau est d’abord collectée dans des galeries drainantes, les « khettaras » dans la montagne, puis amenée par gravité selon un système complexe dans le jardin, où elle est répartie en canaux[2]. Le jardin de l’Agdal, situé dans un environnement peu propice normalement à l’agriculture, est devenu un jardin où grenadiers, orangers et oliviers sont cultivés et fournissent de la nourriture à Marrakech. Oasis de verdure dans un environnement désertique, le jardin de l’Agdal est ainsi, comme cela est pensé dans la symbolique arabo-musulmane, une image du paradis sur terre[3].

 

Une autre image de l’usage de l’eau dans un jardin, dans un sens plus décoratif et dans un autre environnement socioculturel sont fournis par deux autres jardins, européens ceux-ci, deux exemples de jardins particulièrement beaux et réussis, grâce à un usage fort intelligent et bien pensé de l’eau.

 

Le jardin de la Ninfa[4] :« Le jardin de Ninfa est un parc situé dans la commune de Cisterna di Latina au sud-est de Rome. Arrosé par les sources et le lac du Ninfa, encadrant les ruines de la ville médiévale de Ninfa, il incarne l’esprit romantique. Il s’étend sur une surface de 105 hectares. » (source Wikipedia). Jardin conçu dans le style anglais, ses concepteurs ont su à merveille utiliser l’eau abondante des sources et du lac. Propriété de la famille Caetani( une famille de nobles romains) depuis longtemps, les Caetani ont su donner une âme à leur propriété, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, et l’eau, qui court partout, est vraiment l’esprit du jardin. L’un des propriétaires, Roffredo Caetani[5] ( 1871-1961), qui était compositeur, a d’ailleurs apporté un soin particulier aux nombreuses cascades du domaine. Il a réglé la hauteur et le débit de chacune d’entre elles en fonction du son qu’il voulait en obtenir. Le jardin de la Ninfa est ainsi non seulement un paradis pour les yeux mais aussi pour les oreilles.

 

Un autre jardin, en France celui-ci, a su également trouver une osmose parfaite entre l’eau et le jardin, avec là aussi une attention particulière au son de l’eau et à l’environnement sonore du jardin. Il s’agit du jardin des Fontaines Pétrifiantes, situé dans le village de la Sône, en Isère :

 

 

« Ce jardin a vu le jour en 1994 en lieu et place de l’ancienne décharge d’une usine au bord de l’Isère. Seules les sources s’écoulaient au milieu des ronces et végétations diverses. La société du Bateau à roue décide d’aménager cet endroit, où jaillit notamment une source aux propriétés très particulières. Sous la direction d’un architecte paysagiste et d’un chef jardinier, ce lieu va se voir transformer. Le destin du village de La Sône a été déterminé par la présence de cette roche, « Le tuf », qui borde la rivière de ses hautes falaises. L’eau des sources du jardin, exceptionnellement calcaire, donne naissance à une importante carapace de tuf[6]. »

 

La source, très calcaire, a donné naissance en s’écoulant à de nombreuses concrétions et une grande cascade. Quand on entre dans le jardin, le bruit de l’eau et des multiples ruisselets et cascades est omniprésent, ainsi que le chant des oiseaux, en grand nombre dans le parc. Des carillons, agités par le vent, ont été ajoutés près de la cascade et forment ainsi une ambiance sonore exceptionnelle[7].

 

Ainsi, on le voit, l’eau est souvent l’âme d’un jardin, et qu’il s’agisse d’un espace à vocation plutôt agricole ou d’un jardin d’agrément, le jardin ainsi irrigué forme alors un lieu unique, à l’image d’une sorte de paradis sur terre.

[1]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardins_de_l’Agdal

            https://atabia.com/tourisme/308_jardins-du-maroc-serie-jardins-dici-et-dailleurs-arte-fr-video/

[2]                      http://www.rfi.fr/emission/20131109-khettara-une-technique-ancestrale-irrigation-maroc

[3]                      Sur les rapports jardin et paradis, cf. https://imagesetimageurs.com/2016/05/29/le-gout-du-paradis-perdu-de-la-photographie-comme-langage-de-lorigine/

[4]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardin_de_Ninfa

http://www.italia.it/fr/media/video/ninfa-le-jardin-des-merveilles.html

 

[5]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Roffredo_Caetani

[6]                      http://www.parcsetjardins.fr/rhone_alpes/isere/jardin_des_fontaines_pEtrifiantes-664.html

https://www.youtube.com/watch?v=e0ILbC_FPIE

[7]                      https://soundcloud.com/lucile-longre/jardins-de-la-sone-juin-2015

de la fonction des jardins urbains et de l’agriculture en ville

La fonction des jardins urbains et de l’agriculture en ville.

 

Face au développement des jardins en ville et de diverses formes d’agriculture urbaine, la question se pose de la fonction de cette nouvelle forme d’agriculture, outre la fonction nourricière, de ses fondements philosophiques. En effet, l’agriculture urbaine et les jardins urbains sont-ils un comble de l’urbanité ou bien une nouvelle forme et un renouveau de l’agriculture, face à des campagnes de plus en plus polluées et de plus en plus désertées par les pollinisateurs ?

 

J’ai déjà étudié, lors de deux précédents articles, les formes innovantes de jardins que sont les jardins partagés et les jardins militants[1], et là, je souhaiterais aborder l’agriculture et les jardins urbains de façon plus générale et globale, particulièrement dans leurs rapports à la ville et à l’urbanité.

 

 

Une étude de ce genre nécessite d’abord un détour par l’antiquité grecque, et par Athènes, où se posèrent les prémices d’un statut de la nature en ville, avec la grotte de Pan, édifiée dans l’enceinte de la cité.

 

Voici qu’en dit le géographe et philosophe Augustin Berque :

 

« En 490 avant Jésus-Christ[2], quelques jours avant la bataille de Marathon, selon Hérodote, le héraut Philippidès[3], au sortir de Tégée (en Arcadie), est hélé par le dieu Pan. Celui-ci lui promet d’assister les Athéniens dans leur lutte contre les Perses. Effectivement, Pan sèmera la panique[4] dans les rangs des Mèdes, assurant la victoire grecque. Sur le champ, Miltiade l’en remerciera par une offrande ; mais surtout, les Athéniens marqueront leur reconnaissance en instituant le culte de Pan dans leur cité même. Ils installeront sa statue dans une grotte au flanc nord-ouest de l’Acropole, au-dessous des Propylées[5]. Les autres cités grecques imiteront Athènes ; et assez rapidement, le culte de Pan se répandra dans tout le monde hellène.

Fait curieux, les Arcadiens quant à eux consacraient à Pan des temples construits, tout comme aux autres dieux. Ce n’est qu’à Athènes, et à son instar dans les autres cités non arcadiennes, que Pan sera logé dans une grotte. Borgeaud remarque à ce sujet que « rattachée à Pan, la grotte a donc dans le reste de l’Hellade une fonction symbolique particulière ; (…) hors d’Arcadie, on doit admettre que la grotte, comme habitat propre de Pan, signifie l’Arcadie même[6] ». Et le commentant, Nicole Loraux précise :

 

Inséparable du paysage montagneux de l’Arcadie est Pan, et c’est pourquoi, une fois naturalisé Athénien, il se voit attribuer un emplacement de nature sauvage au sein même de la ville : (…) dans une grotte [… alors que] les Arcadiens, eux, ne lui consacrent jamais que des temples en bonne et due forme. [… En effet] en Arcadie, une grotte est une grotte, mais hors d’Arcadie la grotte abrite Pan, parce qu’elle « signifie l’Arcadie »[7].

 

Tout en m’appuyant sur cette interprétation, je la poursuivrai dans un sens écouménal en remarquant ceci : dans son principe – instaurer l’érème (l’espace sauvage de la terre boisée) au foyer de l’écoumène (la ville, nombril du monde) –, l’installation de Pan dans une grotte au pied de l’Acropole est homologue à l’aménagement d’un jardin. Dans les deux cas, toutefois, il ne s’agit pas de la transposition pure et simple, au milieu de la ville, d’un en-soi qui serait étranger à la ville ; car il n’y a pas d’érème en soi, mais seulement en fonction de l’écoumène. Autrement dit, la grotte de Pan est athénienne. Loin d’être purement sauvage, elle est issue de l’atticisme le plus raffiné de la culture grecque.

Mais ce n’est pas tout (car si ce n’était que cela, on en resterait au simple constat que ladite grotte est effectivement localisée à Athènes) : avec cette grotte, Pan change de statut et d’appartenance. Il n’est plus seulement le chèvre-pied, dieu des pâtres arcadiens ; il se met à symboliser l’inverse de l’urbanité d’Athènes : la nature sauvage ; et cette vision échappe aux Arcadiens, pour devenir propre à Athènes puis, de là, se répandre dans tout le monde gréco-romain. [8] »

 

On voit donc, avec cet exemple de la grotte de Pan, que le statut de la nature et de l’agriculture est un statut toujours un peu contradictoire. La nature en ville, c’est un peu de l’esprit du sauvage, de la campagne, du grand air et des zones non urbanisées qui vient dans l’ère urbaine mais c’est aussi parfois le comble de l’urbanité, surtout dans les formes qu’elle prend au XXIe siècle, où la recherche de méthodes de culture innovantes ou bien de lieux d’installation inédits est souvent au premier plan des préoccupations des promoteurs de jardins.

 

De fait, au XXIe siècle, on voit se multiplier des créations de jardins sur les toits, même ceux des gratte-ciels, et on voit des expériences d’agriculture en sous-sol. Ces nouveaux lieux agricoles obligent à faire preuve d’innovation en matière de culture, comme on le voit sur les toits de Paris, à commencer par ceux des Galeries Lafayette[9].

 

Les toits des Galeries Lafayette sont les premiers toits végétalisés de cette ampleur dans cette ville. Cela a nécessité plusieurs années de travail pour trouver des méthodes innovantes pour pouvoir faire pousser des plantes sur des toits non conçus pour cela. 15 ans de recherches ont été nécessaires pour mettre au point un substrat assez léger pour être supporté par l’immeuble et assez nourrissant pour cultiver fruits et légumes. Avec un mélange fait de terre, de laine de mouton et de chanvre, la solution a été trouvée.

 

On retrouve bien là le double côté de l’agriculture urbaine, à la fois très technicienne, mais aussi inspirée par le goût de retrouver un peu de sauvage et de contact avec la nature au sein d’une mégalopole, et la nécessité de trouver une source d’approvisionnement locale et indemne autant que faire se peut des produits pollués de l’agriculture productiviste. Cultiver un jardin en ville, c’est s’inscrire dans toute une chaîne vertueuse et écologique, valorisant les circuits courts et la culture la moins chimique et la plus bio possible, même si cela s’obtient grâce à des recherches technologiques poussées.

 

C’est cette même envie de retrouver un circuit court et une production locale, en même temps que d’un mode de production le plus bio possible, qui a guidé Nathalie Orvoën, fondatrice des Potageurs[10], à Nice. Cette société aide tous particuliers et entreprises à s’initier au maraîchage urbain, sur jardins, terrasses, toits et balcons, pelouses d’entreprises. Et Nathalie Orvoën a réussi à rallier à son projet de maraîchage 100% niçois des grandes structures comme la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, Véolia ainsi que des start-ups de la région.

 

Parfois, cette contradiction de l’agriculture urbaine, entre goût du sauvage et innovation technique, est poussée un peu loin, à se demander si là on a encore à faire de l’agriculture à proprement parler, liée à la terre et au sol nourricier.

Ainsi, des expériences de cultures en sous-sol ou dans des parkings, forcément loin d’un travail agricole ordinaire, mais rendues possible par un niveau de développement technologique important, mais toujours dans un projet de culture bio, locale, questionnent les limites de ce qu’on peut encore assimiler à de l’agriculture traditionnelle.

 

Ainsi à Strasbourg, le « Bunker comestible [11]», ferme urbaine bio, installée dans une ancienne poudrière allemande bâtie en 1878, est un exemple de ce nouveau genre d’agriculture. Grâce à des néons LED, pour fournir la lumière, et en raison d’une température constante entre 10 et 16 °C et d’un système d’aération installé à l’origine, cet espace laissé à l’abandon a pu être mis en culture.

Des cultures de champignons, des endives, cresson, moutarde, poireaux, radis, roquettes, « sont réalisées grâce à des entreprises d’insertion et livrées à domicile à vélo, chez les acheteurs particuliers et restaurateurs et sur quelques marchés. »

Et la start-up Cycloponics, propriétaire du « Bunker comestible », ne compte pas s’arrêter là. Elle entend développer son modèle d’agriculture technicienne, locale, bio et solidaire un peu partout ailleurs en France. Un autre espace a été déniché, « un parking abandonné dans le quartier de la Chapelle à Paris, sous une barre d’HLM, et plus précisément au deuxième sous-sol ». Baptisé La Caverne[12], ce lieu, indemne de pollution et ventilé, couvre une superficie importante (plus de 3000 mètres carré), et sa production vient d’atteindre un rythme de croisière, avec à la clé plusieurs embauches solidaires privilégiant les habitants du dessus. D’autres projets sont en cours, comme l’implantation dans la cave d’une habitation à  Bordeaux en 2018.

 

Cette forme d’agriculture, déterritorialisée au sens propre, car non cultivée dans un sol nourricier, est très inscrite dans son territoire et dans l’espace local. Ce serait là l’émergence d’une nouvelle forme d’agriculture et d’un nouveau paradoxe, plus le dilemme entre sauvage et urbain, mais celui  entre une agriculture ultra technicienne et extra territoriale et une agriculture solidaire, bio et fortement insérée dans le tissu social local.

 

En cela, cette agriculture technicienne rejoint l’esprit des jardins urbains que sont les jardins partagés et militants, restaurer un esprit solidaire et refonder les liens sociaux grâce au travail agricole, que celui-ci s’exerce en pleine terre ou pas.

 

C’est finalement la leçon de l’agriculture urbaine et du jardinage en ville. Au-delà de la nécessité de se nourrir sainement et localement, c’est l’entretien et la restauration du lien social qui est fondamentalement à la base de toute entreprise de ce genre. Le jardin retrouve ici sa vocation première, tisser du lien par le contact avec la nature.

 

 

 

 

[1]https://lejardindepensees.com/2015/08/19/du-jardin-partage-au-jardin-militant-une-forme-dempowerment/

https://lejardindepensees.com/2017/09/09/le-jardin-solidaire-du-droit-a-la-terre-au-droit-de-propriete/

[2] Sur ce qui suit, v. Philippe BORGEAUD, Recherches sur le dieu Pan, Genève, Droz, 1979, p. 195 sqq. : « Pan à Athènes ».

[3] Athènes l’avait envoyé porter un message à Sparte, et il était là sur le chemin du retour. C’est ce même Philippidès (ou Phidippidès) qui, après la victoire de Marathon, courra d’une traite annoncer la nouvelle à Athènes ; exploit que commémore aujourd’hui, depuis la réinstitution des jeux olympiques, la course du marathon.

[4] Mot qui vient de Pan, car le dieu Pan passait pour troubler, effrayer les esprits.

[5] Borgeaud 1979, p. 222.

[6] Dans la Grèce ancienne, l’Arcadie passait pour une terre sauvage et archaïque.

[7] Nicole LORAUX, Né de la terre. Mythe et politique à Athènes, Paris, Seuil, 1996, p. 67.

[8]Qu’est-ce qu’un régime de travail réellement humain ?

Colloque international, Cerisy-la-Salle, 4-11 juillet 2015

La forclusion du travail médial ou « Toute la nature était un jardin »

par Augustin Berque

 

[9] Cf France  5, « Toits de Paris, des jardins extraordinaire »s, 26 11 2017.

[10] L’ami des jardins et de la maison, février 2018, p.14.

https://lespotageurs.com/

[11] L’ami des jardins, ibid., p.12.

http://bunkercomestible.com/

combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma.

Combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma

 

Lorsque l’on crée un film pour le cinéma ou bien une vidéo pour son usage propre, se pose la question de la bande son pour accompagner les images en mouvement. Dès lors, on doit répondre à une interrogation, la bande-son est-elle seulement là pour combler un vide, pour éviter que le spectateur ne se trouve face à ce défilement d’images dans le silence, ce qui pourrait l’inciter, peut-être, à abandonner le visionnage de ce film ou bien l’accompagnement sonore est-il considéré comme un élément essentiel du film lui – même, devant lui donner une part de son identité, le son étant considéré alors comme partie intégrante du film indissociable de la partie visuelle de ce long ou de ce court métrage.

 

Cela pose le problème du statut du silence et de la musique dans notre société, notre société sait-elle encore se ménager des plages de silence, où l’oreille devient disponible pour être à l’écoute de l’environnement, une écoute active, où l’on tente de saisir tout ce que l’environnement urbain ou naturel peut produire comme phénomènes sonores.

En effet, peu nombreux sont encore les lieux ou les moments où l’oreille devient disponible pour ce qui advient à ce moment précis, la plupart de nos contemporains semblant avoir peur du silence ou de ce qu’ils considèrent comme le silence. Dans  les grands magasins, il y a encore une dizaine d’années, un fond musical s’imposait et peu d’entre nous paraissaient le considérer comme gênant. Dans les transports en commun, une bande sonore est parfois encore de rigueur, et peu se pose la question de savoir si  cela incommode ou au contraire rend plus agréable le voyage des passagers. Le bruit doit régner en permanence, peu importe pourquoi ou comment, comme si l’absence de sons artificiels pouvait angoisser nos contemporains, ou peut alors pour les empêcher de penser à ce qui pourrait être un motif d’angoisse ou de réflexion.

Lorsque des gens se trouvent rassemblés dans un lieu donné, à l’exception des lieux de travail, un certain nombre de personnes demandent voire exigent un fond sonore, comme si ils avaient  peur de ce qui pourrait advenir s’ils étaient à l’écoute les uns des autres et de leur environnement. L’absence de bruits effraie, comme peut effrayer un lieu où il faudrait être à l’écoute de ce qui se passe, en étant présent à soi – même.

 

Et c’est ce genre de disponibilité que peut proposer un film dont la bande son a été particulièrement pensée, je pense ici particulièrement au documentaire animalier et au film de nature, y compris les courts métrages que sont les timelapses ou bien les formats courts de films sur la nature.

Dans ce genre de spectacles visuels, le spectateur est amené à prêter une attention particulière à son environnement, à être réceptif  à ce qui se joue devant ses yeux,  lui rappelant que, hors du film, il peut aussi être témoin de semblables spectacles pour peu qu’il s’en donne la peine. Or, dans ce genre particulier qu’est le film de nature, la bande son doit être particulièrement pensée, car elle participera à faire ressentir au public l’ambiance du lieu choisi, ou bien dans le cas du timelapse, participera à transporter le lecteur dans une parenthèse enchantée pendant quelques minutes.

Mais grand nombre de vidéastes amateurs ne sont pas sensibles à cet aspect des choses, et beaucoup d’excellents photographes animaliers ou de nature nous proposent des films singulièrement inaboutis, où les images, splendides, sont en décalage complet avec la bande son choisie. Celle-ci vient très souvent d’un choix (ou d’une absence de choix) effectué dans ce que les médias imposent comme musique ambiante sur leurs ondes, où le moins que l’on puisse dire est qu’il singulièrement inapproprié à un film qui se veut près de la nature et du monde animal.

Certains documentaires animaliers ou de nature se remarquent par le soin considérable apporté à la bande-son, contribuant à la qualité globale du film ;

Je pense ici particulièrement à Microcosmos, film de Claude Nuridsany et de Marie Pérennou, 1996, [1]  et au Voyage de l’eau, de Frank Neveu, 2015[2]. Dans ces deux films, une attention particulière a été apportée au fond sonore, qui n’est pas là en tant que faire-valoir ou pour combler un vide. Voici ce que dit Wikipédia de Microcosmos :

« L’univers sonore du film, très élaboré, est un mélange entre des sons réels, captés sur le terrain avec des microphones spéciaux, et des sons créés par le « sound designer » et monteur son Laurent Quaglio, lors du montage du film, après discussion avec les réalisateurs. Bruno Coulais, compositeur de la musique, a travaillé en concertation étroite avec le monteur son de telle sorte que, souvent, on ne sait pas si les sons entendus sont dus à des instruments de musique ou aux insectes. »

Dans le Voyage de l’eau de l’eau, film qui a obtenu plusieurs récompenses lors de festivals de nature et de cinéma, l’audio-naturaliste Boris Jollivet a porté une attention particulière à ce que les sons de nature s’intègrent  harmonieusement au film et lui apporte une vraie valeur ajoutée.

Pour ce qui est des timelapses, ce genre de films très courts présente une expérience immersive, une parenthèse enchantée, où l’on plonge vraiment dans l’atmosphère d’un paysage, qui doit nous envelopper en entier. Or dans les ¾ des cas, voir dans les 4/5, la bande son met le spectateur en état de dissonance cognitive, car le fond musical n’a absolument aucun rapport avec ce qui est représenté. Autant l’animation visuelle peut être belle et envoutante, autant  l’accompagnement musical est plat et sans relief, quand il n’est pas carrément en contradiction avec ce qui est représenté, choisi qu’il est dans le tout venant de la production musicale déversée à plein tonneaux par les médias.

Or ce genre de court – métrage exige qu’une attention extrême soit portée à la bande –son, qui contribuera à faire de ce film une expérience unique et enchanteresse. Mais cela exige un certain niveau d’exigence musicale et une prise de conscience de ce qu’est un bon accompagnement sonore d’un film, qui n’est pas là pour faire passer le temps ou pour combler un vide qui angoisse.

Bien peu sont les auteurs de timelapses qui ont ce genre d’exigence, mais il y en a quand même quelques-uns, comme Mike Olbinski[3] et Henry Jun Wah Lee[4]. Ces deux auteurs font appel à des musiciens professionnels, qui composent parfois exprès pour eux comme le compositeur Kerry Muzzey[5] pour Mike Olbinski. Grâce à ce compagnonnage, leurs timelapses, souvent récompensés, ont une qualité tout à fait extraordinaire, que n’atteignent pas grand nombre d’autres films de réalisateurs.

J’ai bien conscience que tout le monde n’a pas les moyens ou l’opportunité d’embaucher un musicien professionnel pour son  film animalier ou de nature ou pour son timelapse, mais sortir du tout-venant de la production musicale contemporaine est une nécessité si l’on veut que sa réalisation est une qualité quelconque et se démarque du lot. C’est ainsi que des sites comme Jamendo ou Music Bed , qui proposent des bandes- sons de compositeurs pour un prix modique ( pour une vidéo diffusée sur Youtube ou Viméo), sont très utiles aux réalisateurs de toutes sortes qui souhaitent avoir un fond sonore d’une certaine qualité. Mais cela nécessite un minimum de curiosité intellectuelle et d’exigence artistique,  ce qui est loin d’être le cas, en matière de musique, chez nos contemporains.

Heureusement, parfois, les cinéastes animaliers prennent conscience de  ce genre de choses et c’est  ainsi qu’ à l’Iffcam[6], l’école de cinéma animalier des Deux-Sèvres, depuis deux ans, le compositeur de musique Anthony Touzalin[7], est chargé de faire un enseignement sur musique et cinéma. Ce compositeur, spécialisé dans les documentaires animaliers et de nature, a notamment composé la musique du Lièvre Blanc, de Guillaume Collombet[8], ou d’Eqalusuaq[9] de Kevin Peyrusse et Hugo Braconnier et d’autres projets sont en court.

 

Ainsi, on voit que pour aborder le statut et la réalisation d’une bande-son adaptée à un film de nature ou animalier, il faut d’abord se poser la question du silence dans notre société et de la place qu’on trouve pour être à l’écoute de soi- même et de son environnement. Ensuite seulement, ce sera le moment de la recherche du meilleur fond sonore pour sa réalisation visuelle, celle qui s’intègre le plus harmonieusement à nos images et ne soit pas plaquée là pour masquer un vide ou un silence qui nous angoisse. Composer un film  avec de  la musique, c’est aussi être à l’écoute du silence et de ce qui se joue en nous, c’est être ouvert à notre expérience intime comme à ce qui se joue à l’extérieur de nous, c’est être disponible  à l’inattendu et l’encore inouï, dans le secret de notre âme.

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Microcosmos_:_Le_Peuple_de_l%27herbe

[2] http://visionprimordiale.com/nos-derniers-films/le-voyage-de-leau/

[3] https://vimeo.com/mikeolbinski

[4] https://vimeo.com/evosia

[5] https://soundcloud.com/kerrymuzzey

[6] http://www.iffcam.net/

[7] http://www.emotive-muzik.net/album/

[8] https://www.guillaumecollombet.com/filmlievreblanc

[9] https://vimeo.com/150750680

la vie en chansons, essai de généalogie musicale

La vie en chansons, essai de généalogie musicale.

 

Après avoir étudié mon goût de l’ailleurs en matière de musique, je vais à présent me pencher sur mon attirance pour la chanson française et ce, dès mon plus jeune âge.

 

Mes parents, en mélomanes avertis, ont sût développer et éveiller mon goût pour la musique et ici, pour la chanson française, alors que j’étais tout jeune enfant. Ils avaient fait l’achat de plusieurs disques pour enfants, un disque de chansons traditionnelles, un disque  de fabulettes d’Anne Sylvestre et un disque de chansons chantées par Jacques Douai. Ces trois disques, écoutés et réécoutés sans cesse durant mon enfance, formèrent la base de mon attirance pour la chanson française. J’y trouvais la poésie et la fantaisie qui convenaient à mon caractère, en même temps que l’exigence d’un texte construit et d’une musique qui ne soit pas au mètre.

Parallèlement, mes parents m’apprirent à chanter beaucoup de chansons du répertoire traditionnel français et j’avais plaisir à les chanter avec eux pour diverses occasions, comme les chants de Noël à Noël.

Mon père, passionné de Georges Brassens, me l’avait découvrir très tôt et quand j’eu 15 ans mon grand- père m’offrit, à ma demande, un disque de Charles Trénet, que j’avais entendu quelque temps auparavant à la radio.

Vers 18 ans, je m’achetais mes premières cassettes de Jean Ferrat, qui resta une de mes grandes passions en matière de chansons, particulièrement dans ses interprétations des poésies d’Aragon.

Vers cet âge – là, je découvris également la musique médiévale et particulièrement pour ce qui nous préoccupe ici, les chansons de troubadours et de trouvères, interprétées par des ensembles actuels. Puis, avançant en âge et poursuivant ma découverte du répertoire français, je m’intéressais aux chansons de la Renaissance au début de la vingtaine.

A la quarantaine, mes goûts se diversifièrent et s’approfondir et j’essayais de mieux connaître la chanson française contemporaine. Je reconnus la valeur des chanteurs et chanteuses tels que Georges Moustaki, Barbara, Maxime Le forestier et Françoise Hardy, même s’ils ne furent jamais parmi mes interprètes favoris. Je renouais avec mes amours de jeunesse et découvris, à la faveur d’une ou deux chansons entendues par hasard à la radio, les chansons pour adultes d’Anne Sylvestre. Quel bonheur se fût alors de rencontrer une chanteuse actuelle selon mes vœux, dont tout, l’interprétation, les textes et la musique étaient considérablement fouillés et d’une qualité rare. Je m’étonnais qu’une chanteuse de ce talent  ne fût connue que pour ses chansons pour enfants alors que ses chansons pour adultes étaient si extraordinairement belles et puissantes. Anne Sylvestre demeure à ce jour ma chanteuse française préférée.

Je découvris aussi le répertoire pour adultes de Jacques Douai, qui me plût infiniment et il n’y a pas grand monde, actuellement, pour lui arriver à la cheville.

Je continuais mes recherches sur la chanson française contemporaine et là  grosse déception, à part ceux que je viens de citer, j’eus l’impression d’avoir à faire à un véritable désert. Aucun de ces prétendus chanteurs n’avaient le talent de leurs prédécesseurs. Je trouvais des chanteurs à  l’interprétation carrément défaillante et à l’indigence des textes, quelques chanteurs mignons ou gentillets mais rien qui ait la puissance de ceux que j’ai cité et comme ça pendant plusieurs années de recherche.

Et puis, à la faveur d’une émission sur la chanson française sur France Musique et d’un article de Télérama, je découvris, il y a quelques années de cela, trois pépites, alors que je commençais à désespérer : Elie Guillou, David Sire Et Amélie Les Crayons, trois véritables auteurs-compositeurs-interprètes qui n’ont pas à rougir devant les productions des anciens.

Il y a tout dans ces textes, de la poésie, de l’humour, de l’amour qui ne soit ni mièvre, ni macho ou agressif, de la tendresse. Je vous invite donc sur les liens suivants si, comme moi, vous avez la véritable chanson française au cœur :

https://www.youtube.com/user/davidsire1

https://www.youtube.com/watch?v=39rqUVsWNbI

http://www.amelielescrayons.com/

 

Voilà, j’espère que j’ai su éveiller votre curiosité pour une chanson française digne de ce nom afin que  vous fassiez vos propres recherches à votre tour, sans se contenter de ce que les médias diffusent à tour de bras, comme des marchands de savonnettes.

 

qu’est ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Qu’est-ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Devant le déferlement de médiocrités en matière de chansons depuis des années qui agressent mes oreilles de façon insupportable, j’ai jugé bon de me rappeler ce qui est pour moi l’art de bien chanter et d’abord de chanter dans ce qui est ma langue maternelle, c’est-à-dire le français.

Cela peut sembler incroyable de rappeler qu’en France, on peut chanter en français et pourtant tant d’artistes pensent que c’est en chantant en anglais qu’ils se feront connaître et apprécier en France. C’est dû aussi au rouleau compresseur anglo -saxon qui veut que pour avoir une quelconque audience et accéder à la diffusion radiophonique et télévisuelle, il faut chanter dans une espèce de « globish », pas toujours maîtrisé d’ailleurs. Et ceux qui s’obstinent à chanter en français se tirent une balle dans le pied dès le début.

La qualité des textes ensuite. Il ne suffit pas de savoir chanter en français, il faut avoir un texte qui ait quelque tenue et ne se contente pas d’ânonner des paroles sans queue ni tête ou d’une pauvreté indigente. Et là, subitement, cela devient le désert, pour trouver une chanteur ou  une chanteuse qui sache chanter et qui soit au service d’un vrai texte d’auteur, il n’y a quasiment plus personne.

Je rectifie, il n’y a plus personne qui peut avoir une chance de se faire connaître, puisque les diffuseurs et les producteurs n’attendent que du prédigéré et du prémâché, des chanteurs –savonnettes, faciles à placer et à remplacer. Je pense qu’l y a en France des auteurs-compositeurs-interprètes qui ont une valeur certaine, mais se faire connaître aujourd’hui tient du miracle, qui, comme on sait, est fort rare et quasi légendaire.

 

C’est que l’éducation musicale est quasi inexistante en France et depuis longtemps, et si l’oreille n’est pas formée dès le plus jeune âge, arrivé vers 20 ans, c’est quasiment impossible à rattraper. Et la quasi-totalité de la population française est dans ce cas-là,  maintenue dans une ignorance musicale presque totale, à tel point que beaucoup de gens ignorent qu’il puisse exister un autre genre de musique que celle qui est déversée par tonneaux entiers dans leurs oreilles.

Ecoutez une émission de radio, la pause musicale sera à 80 ou 90% en anglais, et quand c’est en français la qualité proprement musicale de la chanson et celle du texte est à faire frémir.

Parfois, je me dis que l’on vit dans un pays vraiment colonisé par la culture anglo-saxonne, puisque, en matière de musique et de chansons qui nous occupe ici, les groupes et les chanteurs de langue anglaise sont considérés comme une référence évidente, voire la seule référence possible et imaginable  pour la plus grande partie de la population.

J’en veux pour preuve par exemple l’émission La grande Librairie du 1 er mars 2018. Le physicien Etienne Klein, pour expliquer la nature de la physique, fait une référence aux Beatles et aux Stones. C’est très bien, que dans un but pédagogique, on fasse des liens entre musique et science et je suis persuadée que cela pourrait enrichir notre compréhension de l’une et de l’autre. Mais le scientifique se réfère exclusivement à une culture mondialisée et archi-diffusée, à la manière d’un rouleau compresseur. Sa comparaison pourrait avoir beaucoup  plus de force et de subtilité si son auteur avait quelques notions d’histoire de la musique et quelques connaissances  de la chanson d’expression française de qualité. Mais voilà, comme la très grande majorité de la population française, il n’a vraisemblablement pas reçu le moindre enseignement en ce domaine.

Qu’on se ne méprenne pas, je ne veux pas faire le vieux ronchon qui répète sans arrêt, c’était mieux avant. Mais l’inculture musicale généralisée me pose vraiment question et problème, alors que je me dis que des solutions existent, mais il faut une vraie volonté politique pour cela, et  l’éducation artistique est le cadet des soucis de nos autorités politiques.

 

En ce qui me concerne, j’ai eu une chance extraordinaire, naître dans une famille de mélomanes avertis et avoir bénéficié d’un enseignement musical pendant toute ma primaire. Cet enseignement se faisait à l’école et était dispensé à tous, donc nulle condition de ressources n’était exigée. Et pour moi, comme pour tous les élèves de ces années- là, cela m’a vraiment ouvert un horizon que je ne soupçonnais pas. Je ne suis pas devenue musicienne de métier et il y a beaucoup de choses que j’ignore en ce domaine, mais cela m’a ouvert les oreilles et l’esprit et m’a donné la curiosité nécessaire pour aller voir ailleurs et ne pas me contenter du prémâché déversé par les médias.

Je ne prétends pas du tout être une autorité  en matière de musique, mais j’aime et j’ai le goût d’apprendre ce qui m’est inconnu, j’ai la passion des voyages musicaux dans le temps ou dans l’espace et ça c’est irremplaçable pour conserver sa jeunesse d’esprit. Je cesserai d’avoir le désir d’apprendre le jour où je mourrais et encore, cela n’est pas sûr.

du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite

Du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite.

 

 

Je voudrais à présent aborder la question du merveilleux en littérature, en particulier l’influence qu’ont pu avoir sur moi les contes et légendes lus dans l’enfance ainsi que les écrits des auteurs que l’on range souvent dans l’école du réalisme magique, à savoir Henri Pourrat, André Dhôtel et Henri Bosco.

 

 

Petite, pendant mon adolescence et mon jeune âge adulte, je vivais seulement dans et pour les œuvres qui sollicitaient mon imaginaire, l’enflammaient, comme les contes et légendes et les mythologies diverses et variées.

 

Quand j’étais tout enfant, mon père nous  racontait parfois des contes de Perrault ou des frères Grimm et j’adorais ça. Nul doute que cela a contribué largement à mon goût, toujours actuel, pour le merveilleux et la féérie.

 

Un jour, je devais avoir 7 ou 8 ans, ma mère ramena un livre à la ma maison, Contes et légendes de l’antiquité grecque et romaine, un livre de la collection Nathan sur les contes et légendes, à couverture blanche et ce fut une révélation ! Un monde entier s’ouvrait à moi, un monde fait de créatures magiques, d’aventures fabuleuses et paysages oniriques, un monde selon mon cœur. Enfin, j’avais trouvé une terre d’appartenance !

 

Depuis lors, mes parents m’offrirent à chaque Noël, fête ou anniversaire un livre de cette collection, ainsi que celle des éditions Gründ. Je vivais en esprit dans ce monde et légendes, mon corps n’étant présent qu’en apparence dans le monde réel. A chaque récit, j’étais le chevalier, le preux, le héros qui allait délivrer la princesse et combattre les monstres, je vivais en imagination des aventures fabuleuses, des épopées incroyables, je rencontrais des êtres fabuleux et magiques, bref, j’étais bien, heureuse, au milieu de ceux que je ressentais comme des pairs et des frères.

 

Plus tard, adolescente et jeune adulte, je découvris des ouvrages littéraires qui baignaient aussi dans une certaine atmosphère de féérie, entrecoupée d’éléments réels, c’est ce que l’on appelé le « réalisme magique », au nombre desquels, on peut compter notamment André Dhôtel[1], Henri Bosco[2], Henri Pourrat[3], autant d’auteurs injustement méprisés et oubliés de nos jours.

Leurs livres étaient empreints d’un certain côté merveilleux, voire fantastique, tout en s’inscrivant dans un cadre de vie actuel, qui faisait apparaître l’ordinaire extraordinaire et savaient débusquer le côté magique des choses là où l’on ne l’attendait pas. Ah que de journées et de soirées délicieuses j’ai passé à lire et à relire L’âne Culotte, Le ciel du faubourg ou Gaspard des Montagnes. Ces livres ont vraiment enchantés mes 20 ans et quand j’écris un conte ou un roman, je me sens souvent dans la filiation de ces auteurs.

 

Je recherche, moi aussi, dans chacune de mes œuvres, photographiques, poétiques ou de romans et de contes, à faire jaillir le merveilleux du quotidien, à faire sentir combien notre monde et notre environnement peut être porteur de magie et de féérie pour qui sait le regarder et le comprendre, je me sens parfois un peu comme une chamane du XXI ème siècle.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Dh%C3%B4tel

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bosco

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Pourrat