Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Du merveilleux et de l’érotique, les raisons d’une rencontre.

Je désirerais, dans cet article, montrer en quoi le domaine du merveilleux et le domaine de l’érotisme peuvent se rapprocher et être complémentaires, chacun bénéficiant de l’apport de l’autre.

Pour moi, l’érotisme est toujours en relation avec le domaine de la magie, celui du mystique, du mythique et du merveilleux[1]. Lorsque j’écris un texte érotique, qu’il soit en prose ou en poésie, je pense toujours aux grands ancêtres en la matière, comme le Cantique des cantiques, littérature hautement sensuelle si il en est, et en même temps, en faisant appel à nombre de métaphores et d’images qui nous racontent une histoire.

Fondamentalement, lorsque j’écris un texte de littérature, à l’origine, il y a toujours le désir de raconter une histoire, le désir de me rattacher à tous ces contes et légendes, ces féeries qui m’ont permis de vivre enfant[2]. Et je me dis souvent, quand il n’y aurait  plus qu’une personne pour croire encore aux fées, aux elfes et aux farfadets, il y aurait  encore de la place pour rêver et espérer en ce monde, et la planète Terre et ses habitants pourraient être encore sauvés.

Et l’érotisme s’inscrit pour moi dans ce projet global d’enchanter le monde, de le rendre plus aimable et plus vivable ; comme force de vie, il nous relie, comme le fait également le merveilleux, aux forces de la nature, aux esprits cachés et secrets qui s’agitent tout autour de nous. Ces esprits,  nous ne les voyons pas, mais pour peu que l’on soit un peu ouvert au monde du rêve, on peut les sentir et les imaginer. Et lorsque l’on écrit un texte érotique, dans ma conception tout au moins, on se relie à toutes ces forces cachées qui existent dans notre environnement naturel. Rien d’étonnant donc, du moins en ce qui me concerne, à ce que ma production érotique soit toujours en rapport avec l’univers des songes et de la féerie.

Je crois fondamentalement que, en en tant qu’artiste, ma mission, si tant est qu’un artiste puisse avoir une mission, est de réenchanter le monde, de maintenir vivant l’espoir et le rêve, car tant qu’on peut rêver et espérer, on a encore, pour moi, une raison de vivre et d’exister, pleinement et totalement. Par les histoires que je peux raconter, les poèmes que j’écris, les photographies et les vidéos que je produis, c’est toujours dans le même désir et le même dessein, offrir aux gens un moment pour faire vivre leur imaginaire,  leur offrir un moment de répit, pour respirer et exister en tant qu’être vivant et ressentant.

Et l’érotisme est un des moyens que j utilise pour cela, une porte d’entrée vers le monde des contes et du merveilleux, une porte d’entrée vers cet univers de magie et de féerie que chacun porte un peu en soi.

Ainsi, on voit, que loin d’être une rencontre forcée et factice, le rapprochement du merveilleux et de l’érotisme, dans ma production littéraire, obéit à des raisons précises, réenchanter le monde, de toutes les façons possibles[3].


[1] Pour qui voudrait se renseigner sur mes sources d’inspiration en matière de poésie amoureuse, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2017/07/18/la-poesie-amoureuse-dorient-et-doccident-essai-de-genealogie-litteraire/

[2] Pour l’influence et l’importance du merveilleux dans ma production littéraire, voir l’article suivant https://lejardindepensees.com/2018/03/22/du-merveilleux-en-litterature-essai-de-genealogie-litteraire-suite/

[3] Pour ceux qui voudraient avoir un échantillon de ma production littéraire de merveilleux érotique, ils peuvent se reporter au livre suivant  https://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/litterature-erotique/dans-la-foret-des-contes-2993066?fbclid=IwAR2F-aRomZNO-AJAt5VD6qI9B8qOZtfsBqZOK-LOXep4D1QM5bd-ALeNREM



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l’eau, une âme pour les jardins

 

 

L’eau, une âme pour les jardins.

 

Lorsqu’on se préoccupe de jardins, on s’intéresse forcément à la question de l’eau, qu’il s’agisse simplement de l’irrigation ou bien de faire de l’eau un élément paysager du jardin à part entière.

Quand on parle d’irrigation, on pense évidemment aux jardins arabo-musulmans, comme le jardin de l’Agdal [1], fondé au XIIème siècle, au Maroc, près de Marrakech par un souverain almohade. Les Almohades ont mis au point un savant système de canaux pour faire venir l’eau depuis la montagne du Haut-Atlas, à quelque distance de la ville et du jardin. L’eau est d’abord collectée dans des galeries drainantes, les « khettaras » dans la montagne, puis amenée par gravité selon un système complexe dans le jardin, où elle est répartie en canaux[2]. Le jardin de l’Agdal, situé dans un environnement peu propice normalement à l’agriculture, est devenu un jardin où grenadiers, orangers et oliviers sont cultivés et fournissent de la nourriture à Marrakech. Oasis de verdure dans un environnement désertique, le jardin de l’Agdal est ainsi, comme cela est pensé dans la symbolique arabo-musulmane, une image du paradis sur terre[3].

 

Une autre image de l’usage de l’eau dans un jardin, dans un sens plus décoratif et dans un autre environnement socioculturel sont fournis par deux autres jardins, européens ceux-ci, deux exemples de jardins particulièrement beaux et réussis, grâce à un usage fort intelligent et bien pensé de l’eau.

 

Le jardin de la Ninfa[4] :« Le jardin de Ninfa est un parc situé dans la commune de Cisterna di Latina au sud-est de Rome. Arrosé par les sources et le lac du Ninfa, encadrant les ruines de la ville médiévale de Ninfa, il incarne l’esprit romantique. Il s’étend sur une surface de 105 hectares. » (source Wikipedia). Jardin conçu dans le style anglais, ses concepteurs ont su à merveille utiliser l’eau abondante des sources et du lac. Propriété de la famille Caetani( une famille de nobles romains) depuis longtemps, les Caetani ont su donner une âme à leur propriété, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, et l’eau, qui court partout, est vraiment l’esprit du jardin. L’un des propriétaires, Roffredo Caetani[5] ( 1871-1961), qui était compositeur, a d’ailleurs apporté un soin particulier aux nombreuses cascades du domaine. Il a réglé la hauteur et le débit de chacune d’entre elles en fonction du son qu’il voulait en obtenir. Le jardin de la Ninfa est ainsi non seulement un paradis pour les yeux mais aussi pour les oreilles.

 

Un autre jardin, en France celui-ci, a su également trouver une osmose parfaite entre l’eau et le jardin, avec là aussi une attention particulière au son de l’eau et à l’environnement sonore du jardin. Il s’agit du jardin des Fontaines Pétrifiantes, situé dans le village de la Sône, en Isère :

 

 

« Ce jardin a vu le jour en 1994 en lieu et place de l’ancienne décharge d’une usine au bord de l’Isère. Seules les sources s’écoulaient au milieu des ronces et végétations diverses. La société du Bateau à roue décide d’aménager cet endroit, où jaillit notamment une source aux propriétés très particulières. Sous la direction d’un architecte paysagiste et d’un chef jardinier, ce lieu va se voir transformer. Le destin du village de La Sône a été déterminé par la présence de cette roche, « Le tuf », qui borde la rivière de ses hautes falaises. L’eau des sources du jardin, exceptionnellement calcaire, donne naissance à une importante carapace de tuf[6]. »

 

La source, très calcaire, a donné naissance en s’écoulant à de nombreuses concrétions et une grande cascade. Quand on entre dans le jardin, le bruit de l’eau et des multiples ruisselets et cascades est omniprésent, ainsi que le chant des oiseaux, en grand nombre dans le parc. Des carillons, agités par le vent, ont été ajoutés près de la cascade et forment ainsi une ambiance sonore exceptionnelle[7].

 

Ainsi, on le voit, l’eau est souvent l’âme d’un jardin, et qu’il s’agisse d’un espace à vocation plutôt agricole ou d’un jardin d’agrément, le jardin ainsi irrigué forme alors un lieu unique, à l’image d’une sorte de paradis sur terre.

[1]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardins_de_l’Agdal

            https://atabia.com/tourisme/308_jardins-du-maroc-serie-jardins-dici-et-dailleurs-arte-fr-video/

[2]                      http://www.rfi.fr/emission/20131109-khettara-une-technique-ancestrale-irrigation-maroc

[3]                      Sur les rapports jardin et paradis, cf. https://imagesetimageurs.com/2016/05/29/le-gout-du-paradis-perdu-de-la-photographie-comme-langage-de-lorigine/

[4]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardin_de_Ninfa

http://www.italia.it/fr/media/video/ninfa-le-jardin-des-merveilles.html

 

[5]                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Roffredo_Caetani

[6]                      http://www.parcsetjardins.fr/rhone_alpes/isere/jardin_des_fontaines_pEtrifiantes-664.html

https://www.youtube.com/watch?v=e0ILbC_FPIE

[7]                      https://soundcloud.com/lucile-longre/jardins-de-la-sone-juin-2015

de la fonction des jardins urbains et de l’agriculture en ville

La fonction des jardins urbains et de l’agriculture en ville.

 

Face au développement des jardins en ville et de diverses formes d’agriculture urbaine, la question se pose de la fonction de cette nouvelle forme d’agriculture, outre la fonction nourricière, de ses fondements philosophiques. En effet, l’agriculture urbaine et les jardins urbains sont-ils un comble de l’urbanité ou bien une nouvelle forme et un renouveau de l’agriculture, face à des campagnes de plus en plus polluées et de plus en plus désertées par les pollinisateurs ?

 

J’ai déjà étudié, lors de deux précédents articles, les formes innovantes de jardins que sont les jardins partagés et les jardins militants[1], et là, je souhaiterais aborder l’agriculture et les jardins urbains de façon plus générale et globale, particulièrement dans leurs rapports à la ville et à l’urbanité.

 

 

Une étude de ce genre nécessite d’abord un détour par l’antiquité grecque, et par Athènes, où se posèrent les prémices d’un statut de la nature en ville, avec la grotte de Pan, édifiée dans l’enceinte de la cité.

 

Voici qu’en dit le géographe et philosophe Augustin Berque :

 

« En 490 avant Jésus-Christ[2], quelques jours avant la bataille de Marathon, selon Hérodote, le héraut Philippidès[3], au sortir de Tégée (en Arcadie), est hélé par le dieu Pan. Celui-ci lui promet d’assister les Athéniens dans leur lutte contre les Perses. Effectivement, Pan sèmera la panique[4] dans les rangs des Mèdes, assurant la victoire grecque. Sur le champ, Miltiade l’en remerciera par une offrande ; mais surtout, les Athéniens marqueront leur reconnaissance en instituant le culte de Pan dans leur cité même. Ils installeront sa statue dans une grotte au flanc nord-ouest de l’Acropole, au-dessous des Propylées[5]. Les autres cités grecques imiteront Athènes ; et assez rapidement, le culte de Pan se répandra dans tout le monde hellène.

Fait curieux, les Arcadiens quant à eux consacraient à Pan des temples construits, tout comme aux autres dieux. Ce n’est qu’à Athènes, et à son instar dans les autres cités non arcadiennes, que Pan sera logé dans une grotte. Borgeaud remarque à ce sujet que « rattachée à Pan, la grotte a donc dans le reste de l’Hellade une fonction symbolique particulière ; (…) hors d’Arcadie, on doit admettre que la grotte, comme habitat propre de Pan, signifie l’Arcadie même[6] ». Et le commentant, Nicole Loraux précise :

 

Inséparable du paysage montagneux de l’Arcadie est Pan, et c’est pourquoi, une fois naturalisé Athénien, il se voit attribuer un emplacement de nature sauvage au sein même de la ville : (…) dans une grotte [… alors que] les Arcadiens, eux, ne lui consacrent jamais que des temples en bonne et due forme. [… En effet] en Arcadie, une grotte est une grotte, mais hors d’Arcadie la grotte abrite Pan, parce qu’elle « signifie l’Arcadie »[7].

 

Tout en m’appuyant sur cette interprétation, je la poursuivrai dans un sens écouménal en remarquant ceci : dans son principe – instaurer l’érème (l’espace sauvage de la terre boisée) au foyer de l’écoumène (la ville, nombril du monde) –, l’installation de Pan dans une grotte au pied de l’Acropole est homologue à l’aménagement d’un jardin. Dans les deux cas, toutefois, il ne s’agit pas de la transposition pure et simple, au milieu de la ville, d’un en-soi qui serait étranger à la ville ; car il n’y a pas d’érème en soi, mais seulement en fonction de l’écoumène. Autrement dit, la grotte de Pan est athénienne. Loin d’être purement sauvage, elle est issue de l’atticisme le plus raffiné de la culture grecque.

Mais ce n’est pas tout (car si ce n’était que cela, on en resterait au simple constat que ladite grotte est effectivement localisée à Athènes) : avec cette grotte, Pan change de statut et d’appartenance. Il n’est plus seulement le chèvre-pied, dieu des pâtres arcadiens ; il se met à symboliser l’inverse de l’urbanité d’Athènes : la nature sauvage ; et cette vision échappe aux Arcadiens, pour devenir propre à Athènes puis, de là, se répandre dans tout le monde gréco-romain. [8] »

 

On voit donc, avec cet exemple de la grotte de Pan, que le statut de la nature et de l’agriculture est un statut toujours un peu contradictoire. La nature en ville, c’est un peu de l’esprit du sauvage, de la campagne, du grand air et des zones non urbanisées qui vient dans l’ère urbaine mais c’est aussi parfois le comble de l’urbanité, surtout dans les formes qu’elle prend au XXIe siècle, où la recherche de méthodes de culture innovantes ou bien de lieux d’installation inédits est souvent au premier plan des préoccupations des promoteurs de jardins.

 

De fait, au XXIe siècle, on voit se multiplier des créations de jardins sur les toits, même ceux des gratte-ciels, et on voit des expériences d’agriculture en sous-sol. Ces nouveaux lieux agricoles obligent à faire preuve d’innovation en matière de culture, comme on le voit sur les toits de Paris, à commencer par ceux des Galeries Lafayette[9].

 

Les toits des Galeries Lafayette sont les premiers toits végétalisés de cette ampleur dans cette ville. Cela a nécessité plusieurs années de travail pour trouver des méthodes innovantes pour pouvoir faire pousser des plantes sur des toits non conçus pour cela. 15 ans de recherches ont été nécessaires pour mettre au point un substrat assez léger pour être supporté par l’immeuble et assez nourrissant pour cultiver fruits et légumes. Avec un mélange fait de terre, de laine de mouton et de chanvre, la solution a été trouvée.

 

On retrouve bien là le double côté de l’agriculture urbaine, à la fois très technicienne, mais aussi inspirée par le goût de retrouver un peu de sauvage et de contact avec la nature au sein d’une mégalopole, et la nécessité de trouver une source d’approvisionnement locale et indemne autant que faire se peut des produits pollués de l’agriculture productiviste. Cultiver un jardin en ville, c’est s’inscrire dans toute une chaîne vertueuse et écologique, valorisant les circuits courts et la culture la moins chimique et la plus bio possible, même si cela s’obtient grâce à des recherches technologiques poussées.

 

C’est cette même envie de retrouver un circuit court et une production locale, en même temps que d’un mode de production le plus bio possible, qui a guidé Nathalie Orvoën, fondatrice des Potageurs[10], à Nice. Cette société aide tous particuliers et entreprises à s’initier au maraîchage urbain, sur jardins, terrasses, toits et balcons, pelouses d’entreprises. Et Nathalie Orvoën a réussi à rallier à son projet de maraîchage 100% niçois des grandes structures comme la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, Véolia ainsi que des start-ups de la région.

 

Parfois, cette contradiction de l’agriculture urbaine, entre goût du sauvage et innovation technique, est poussée un peu loin, à se demander si là on a encore à faire de l’agriculture à proprement parler, liée à la terre et au sol nourricier.

Ainsi, des expériences de cultures en sous-sol ou dans des parkings, forcément loin d’un travail agricole ordinaire, mais rendues possible par un niveau de développement technologique important, mais toujours dans un projet de culture bio, locale, questionnent les limites de ce qu’on peut encore assimiler à de l’agriculture traditionnelle.

 

Ainsi à Strasbourg, le « Bunker comestible [11]», ferme urbaine bio, installée dans une ancienne poudrière allemande bâtie en 1878, est un exemple de ce nouveau genre d’agriculture. Grâce à des néons LED, pour fournir la lumière, et en raison d’une température constante entre 10 et 16 °C et d’un système d’aération installé à l’origine, cet espace laissé à l’abandon a pu être mis en culture.

Des cultures de champignons, des endives, cresson, moutarde, poireaux, radis, roquettes, « sont réalisées grâce à des entreprises d’insertion et livrées à domicile à vélo, chez les acheteurs particuliers et restaurateurs et sur quelques marchés. »

Et la start-up Cycloponics, propriétaire du « Bunker comestible », ne compte pas s’arrêter là. Elle entend développer son modèle d’agriculture technicienne, locale, bio et solidaire un peu partout ailleurs en France. Un autre espace a été déniché, « un parking abandonné dans le quartier de la Chapelle à Paris, sous une barre d’HLM, et plus précisément au deuxième sous-sol ». Baptisé La Caverne[12], ce lieu, indemne de pollution et ventilé, couvre une superficie importante (plus de 3000 mètres carré), et sa production vient d’atteindre un rythme de croisière, avec à la clé plusieurs embauches solidaires privilégiant les habitants du dessus. D’autres projets sont en cours, comme l’implantation dans la cave d’une habitation à  Bordeaux en 2018.

 

Cette forme d’agriculture, déterritorialisée au sens propre, car non cultivée dans un sol nourricier, est très inscrite dans son territoire et dans l’espace local. Ce serait là l’émergence d’une nouvelle forme d’agriculture et d’un nouveau paradoxe, plus le dilemme entre sauvage et urbain, mais celui  entre une agriculture ultra technicienne et extra territoriale et une agriculture solidaire, bio et fortement insérée dans le tissu social local.

 

En cela, cette agriculture technicienne rejoint l’esprit des jardins urbains que sont les jardins partagés et militants, restaurer un esprit solidaire et refonder les liens sociaux grâce au travail agricole, que celui-ci s’exerce en pleine terre ou pas.

 

C’est finalement la leçon de l’agriculture urbaine et du jardinage en ville. Au-delà de la nécessité de se nourrir sainement et localement, c’est l’entretien et la restauration du lien social qui est fondamentalement à la base de toute entreprise de ce genre. Le jardin retrouve ici sa vocation première, tisser du lien par le contact avec la nature.

 

 

 

 

[1]https://lejardindepensees.com/2015/08/19/du-jardin-partage-au-jardin-militant-une-forme-dempowerment/

https://lejardindepensees.com/2017/09/09/le-jardin-solidaire-du-droit-a-la-terre-au-droit-de-propriete/

[2] Sur ce qui suit, v. Philippe BORGEAUD, Recherches sur le dieu Pan, Genève, Droz, 1979, p. 195 sqq. : « Pan à Athènes ».

[3] Athènes l’avait envoyé porter un message à Sparte, et il était là sur le chemin du retour. C’est ce même Philippidès (ou Phidippidès) qui, après la victoire de Marathon, courra d’une traite annoncer la nouvelle à Athènes ; exploit que commémore aujourd’hui, depuis la réinstitution des jeux olympiques, la course du marathon.

[4] Mot qui vient de Pan, car le dieu Pan passait pour troubler, effrayer les esprits.

[5] Borgeaud 1979, p. 222.

[6] Dans la Grèce ancienne, l’Arcadie passait pour une terre sauvage et archaïque.

[7] Nicole LORAUX, Né de la terre. Mythe et politique à Athènes, Paris, Seuil, 1996, p. 67.

[8]Qu’est-ce qu’un régime de travail réellement humain ?

Colloque international, Cerisy-la-Salle, 4-11 juillet 2015

La forclusion du travail médial ou « Toute la nature était un jardin »

par Augustin Berque

 

[9] Cf France  5, « Toits de Paris, des jardins extraordinaire »s, 26 11 2017.

[10] L’ami des jardins et de la maison, février 2018, p.14.

https://lespotageurs.com/

[11] L’ami des jardins, ibid., p.12.

http://bunkercomestible.com/

combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma.

Combler le silence ? Du son et de la musique au cinéma

 

Lorsque l’on crée un film pour le cinéma ou bien une vidéo pour son usage propre, se pose la question de la bande son pour accompagner les images en mouvement. Dès lors, on doit répondre à une interrogation, la bande-son est-elle seulement là pour combler un vide, pour éviter que le spectateur ne se trouve face à ce défilement d’images dans le silence, ce qui pourrait l’inciter, peut-être, à abandonner le visionnage de ce film ou bien l’accompagnement sonore est-il considéré comme un élément essentiel du film lui – même, devant lui donner une part de son identité, le son étant considéré alors comme partie intégrante du film indissociable de la partie visuelle de ce long ou de ce court métrage.

 

Cela pose le problème du statut du silence et de la musique dans notre société, notre société sait-elle encore se ménager des plages de silence, où l’oreille devient disponible pour être à l’écoute de l’environnement, une écoute active, où l’on tente de saisir tout ce que l’environnement urbain ou naturel peut produire comme phénomènes sonores.

En effet, peu nombreux sont encore les lieux ou les moments où l’oreille devient disponible pour ce qui advient à ce moment précis, la plupart de nos contemporains semblant avoir peur du silence ou de ce qu’ils considèrent comme le silence. Dans  les grands magasins, il y a encore une dizaine d’années, un fond musical s’imposait et peu d’entre nous paraissaient le considérer comme gênant. Dans les transports en commun, une bande sonore est parfois encore de rigueur, et peu se pose la question de savoir si  cela incommode ou au contraire rend plus agréable le voyage des passagers. Le bruit doit régner en permanence, peu importe pourquoi ou comment, comme si l’absence de sons artificiels pouvait angoisser nos contemporains, ou peut alors pour les empêcher de penser à ce qui pourrait être un motif d’angoisse ou de réflexion.

Lorsque des gens se trouvent rassemblés dans un lieu donné, à l’exception des lieux de travail, un certain nombre de personnes demandent voire exigent un fond sonore, comme si ils avaient  peur de ce qui pourrait advenir s’ils étaient à l’écoute les uns des autres et de leur environnement. L’absence de bruits effraie, comme peut effrayer un lieu où il faudrait être à l’écoute de ce qui se passe, en étant présent à soi – même.

 

Et c’est ce genre de disponibilité que peut proposer un film dont la bande son a été particulièrement pensée, je pense ici particulièrement au documentaire animalier et au film de nature, y compris les courts métrages que sont les timelapses ou bien les formats courts de films sur la nature.

Dans ce genre de spectacles visuels, le spectateur est amené à prêter une attention particulière à son environnement, à être réceptif  à ce qui se joue devant ses yeux,  lui rappelant que, hors du film, il peut aussi être témoin de semblables spectacles pour peu qu’il s’en donne la peine. Or, dans ce genre particulier qu’est le film de nature, la bande son doit être particulièrement pensée, car elle participera à faire ressentir au public l’ambiance du lieu choisi, ou bien dans le cas du timelapse, participera à transporter le lecteur dans une parenthèse enchantée pendant quelques minutes.

Mais grand nombre de vidéastes amateurs ne sont pas sensibles à cet aspect des choses, et beaucoup d’excellents photographes animaliers ou de nature nous proposent des films singulièrement inaboutis, où les images, splendides, sont en décalage complet avec la bande son choisie. Celle-ci vient très souvent d’un choix (ou d’une absence de choix) effectué dans ce que les médias imposent comme musique ambiante sur leurs ondes, où le moins que l’on puisse dire est qu’il singulièrement inapproprié à un film qui se veut près de la nature et du monde animal.

Certains documentaires animaliers ou de nature se remarquent par le soin considérable apporté à la bande-son, contribuant à la qualité globale du film ;

Je pense ici particulièrement à Microcosmos, film de Claude Nuridsany et de Marie Pérennou, 1996, [1]  et au Voyage de l’eau, de Frank Neveu, 2015[2]. Dans ces deux films, une attention particulière a été apportée au fond sonore, qui n’est pas là en tant que faire-valoir ou pour combler un vide. Voici ce que dit Wikipédia de Microcosmos :

« L’univers sonore du film, très élaboré, est un mélange entre des sons réels, captés sur le terrain avec des microphones spéciaux, et des sons créés par le « sound designer » et monteur son Laurent Quaglio, lors du montage du film, après discussion avec les réalisateurs. Bruno Coulais, compositeur de la musique, a travaillé en concertation étroite avec le monteur son de telle sorte que, souvent, on ne sait pas si les sons entendus sont dus à des instruments de musique ou aux insectes. »

Dans le Voyage de l’eau de l’eau, film qui a obtenu plusieurs récompenses lors de festivals de nature et de cinéma, l’audio-naturaliste Boris Jollivet a porté une attention particulière à ce que les sons de nature s’intègrent  harmonieusement au film et lui apporte une vraie valeur ajoutée.

Pour ce qui est des timelapses, ce genre de films très courts présente une expérience immersive, une parenthèse enchantée, où l’on plonge vraiment dans l’atmosphère d’un paysage, qui doit nous envelopper en entier. Or dans les ¾ des cas, voir dans les 4/5, la bande son met le spectateur en état de dissonance cognitive, car le fond musical n’a absolument aucun rapport avec ce qui est représenté. Autant l’animation visuelle peut être belle et envoutante, autant  l’accompagnement musical est plat et sans relief, quand il n’est pas carrément en contradiction avec ce qui est représenté, choisi qu’il est dans le tout venant de la production musicale déversée à plein tonneaux par les médias.

Or ce genre de court – métrage exige qu’une attention extrême soit portée à la bande –son, qui contribuera à faire de ce film une expérience unique et enchanteresse. Mais cela exige un certain niveau d’exigence musicale et une prise de conscience de ce qu’est un bon accompagnement sonore d’un film, qui n’est pas là pour faire passer le temps ou pour combler un vide qui angoisse.

Bien peu sont les auteurs de timelapses qui ont ce genre d’exigence, mais il y en a quand même quelques-uns, comme Mike Olbinski[3] et Henry Jun Wah Lee[4]. Ces deux auteurs font appel à des musiciens professionnels, qui composent parfois exprès pour eux comme le compositeur Kerry Muzzey[5] pour Mike Olbinski. Grâce à ce compagnonnage, leurs timelapses, souvent récompensés, ont une qualité tout à fait extraordinaire, que n’atteignent pas grand nombre d’autres films de réalisateurs.

J’ai bien conscience que tout le monde n’a pas les moyens ou l’opportunité d’embaucher un musicien professionnel pour son  film animalier ou de nature ou pour son timelapse, mais sortir du tout-venant de la production musicale contemporaine est une nécessité si l’on veut que sa réalisation est une qualité quelconque et se démarque du lot. C’est ainsi que des sites comme Jamendo ou Music Bed , qui proposent des bandes- sons de compositeurs pour un prix modique ( pour une vidéo diffusée sur Youtube ou Viméo), sont très utiles aux réalisateurs de toutes sortes qui souhaitent avoir un fond sonore d’une certaine qualité. Mais cela nécessite un minimum de curiosité intellectuelle et d’exigence artistique,  ce qui est loin d’être le cas, en matière de musique, chez nos contemporains.

Heureusement, parfois, les cinéastes animaliers prennent conscience de  ce genre de choses et c’est  ainsi qu’ à l’Iffcam[6], l’école de cinéma animalier des Deux-Sèvres, depuis deux ans, le compositeur de musique Anthony Touzalin[7], est chargé de faire un enseignement sur musique et cinéma. Ce compositeur, spécialisé dans les documentaires animaliers et de nature, a notamment composé la musique du Lièvre Blanc, de Guillaume Collombet[8], ou d’Eqalusuaq[9] de Kevin Peyrusse et Hugo Braconnier et d’autres projets sont en court.

 

Ainsi, on voit que pour aborder le statut et la réalisation d’une bande-son adaptée à un film de nature ou animalier, il faut d’abord se poser la question du silence dans notre société et de la place qu’on trouve pour être à l’écoute de soi- même et de son environnement. Ensuite seulement, ce sera le moment de la recherche du meilleur fond sonore pour sa réalisation visuelle, celle qui s’intègre le plus harmonieusement à nos images et ne soit pas plaquée là pour masquer un vide ou un silence qui nous angoisse. Composer un film  avec de  la musique, c’est aussi être à l’écoute du silence et de ce qui se joue en nous, c’est être ouvert à notre expérience intime comme à ce qui se joue à l’extérieur de nous, c’est être disponible  à l’inattendu et l’encore inouï, dans le secret de notre âme.

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Microcosmos_:_Le_Peuple_de_l%27herbe

[2] http://visionprimordiale.com/nos-derniers-films/le-voyage-de-leau/

[3] https://vimeo.com/mikeolbinski

[4] https://vimeo.com/evosia

[5] https://soundcloud.com/kerrymuzzey

[6] http://www.iffcam.net/

[7] http://www.emotive-muzik.net/album/

[8] https://www.guillaumecollombet.com/filmlievreblanc

[9] https://vimeo.com/150750680

la vie en chansons, essai de généalogie musicale

La vie en chansons, essai de généalogie musicale.

 

Après avoir étudié mon goût de l’ailleurs en matière de musique, je vais à présent me pencher sur mon attirance pour la chanson française et ce, dès mon plus jeune âge.

 

Mes parents, en mélomanes avertis, ont sût développer et éveiller mon goût pour la musique et ici, pour la chanson française, alors que j’étais tout jeune enfant. Ils avaient fait l’achat de plusieurs disques pour enfants, un disque de chansons traditionnelles, un disque  de fabulettes d’Anne Sylvestre et un disque de chansons chantées par Jacques Douai. Ces trois disques, écoutés et réécoutés sans cesse durant mon enfance, formèrent la base de mon attirance pour la chanson française. J’y trouvais la poésie et la fantaisie qui convenaient à mon caractère, en même temps que l’exigence d’un texte construit et d’une musique qui ne soit pas au mètre.

Parallèlement, mes parents m’apprirent à chanter beaucoup de chansons du répertoire traditionnel français et j’avais plaisir à les chanter avec eux pour diverses occasions, comme les chants de Noël à Noël.

Mon père, passionné de Georges Brassens, me l’avait découvrir très tôt et quand j’eu 15 ans mon grand- père m’offrit, à ma demande, un disque de Charles Trénet, que j’avais entendu quelque temps auparavant à la radio.

Vers 18 ans, je m’achetais mes premières cassettes de Jean Ferrat, qui resta une de mes grandes passions en matière de chansons, particulièrement dans ses interprétations des poésies d’Aragon.

Vers cet âge – là, je découvris également la musique médiévale et particulièrement pour ce qui nous préoccupe ici, les chansons de troubadours et de trouvères, interprétées par des ensembles actuels. Puis, avançant en âge et poursuivant ma découverte du répertoire français, je m’intéressais aux chansons de la Renaissance au début de la vingtaine.

A la quarantaine, mes goûts se diversifièrent et s’approfondir et j’essayais de mieux connaître la chanson française contemporaine. Je reconnus la valeur des chanteurs et chanteuses tels que Georges Moustaki, Barbara, Maxime Le forestier et Françoise Hardy, même s’ils ne furent jamais parmi mes interprètes favoris. Je renouais avec mes amours de jeunesse et découvris, à la faveur d’une ou deux chansons entendues par hasard à la radio, les chansons pour adultes d’Anne Sylvestre. Quel bonheur se fût alors de rencontrer une chanteuse actuelle selon mes vœux, dont tout, l’interprétation, les textes et la musique étaient considérablement fouillés et d’une qualité rare. Je m’étonnais qu’une chanteuse de ce talent  ne fût connue que pour ses chansons pour enfants alors que ses chansons pour adultes étaient si extraordinairement belles et puissantes. Anne Sylvestre demeure à ce jour ma chanteuse française préférée.

Je découvris aussi le répertoire pour adultes de Jacques Douai, qui me plût infiniment et il n’y a pas grand monde, actuellement, pour lui arriver à la cheville.

Je continuais mes recherches sur la chanson française contemporaine et là  grosse déception, à part ceux que je viens de citer, j’eus l’impression d’avoir à faire à un véritable désert. Aucun de ces prétendus chanteurs n’avaient le talent de leurs prédécesseurs. Je trouvais des chanteurs à  l’interprétation carrément défaillante et à l’indigence des textes, quelques chanteurs mignons ou gentillets mais rien qui ait la puissance de ceux que j’ai cité et comme ça pendant plusieurs années de recherche.

Et puis, à la faveur d’une émission sur la chanson française sur France Musique et d’un article de Télérama, je découvris, il y a quelques années de cela, trois pépites, alors que je commençais à désespérer : Elie Guillou, David Sire Et Amélie Les Crayons, trois véritables auteurs-compositeurs-interprètes qui n’ont pas à rougir devant les productions des anciens.

Il y a tout dans ces textes, de la poésie, de l’humour, de l’amour qui ne soit ni mièvre, ni macho ou agressif, de la tendresse. Je vous invite donc sur les liens suivants si, comme moi, vous avez la véritable chanson française au cœur :

https://www.youtube.com/user/davidsire1

https://www.youtube.com/watch?v=39rqUVsWNbI

http://www.amelielescrayons.com/

 

Voilà, j’espère que j’ai su éveiller votre curiosité pour une chanson française digne de ce nom afin que  vous fassiez vos propres recherches à votre tour, sans se contenter de ce que les médias diffusent à tour de bras, comme des marchands de savonnettes.

 

qu’est ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Qu’est-ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Devant le déferlement de médiocrités en matière de chansons depuis des années qui agressent mes oreilles de façon insupportable, j’ai jugé bon de me rappeler ce qui est pour moi l’art de bien chanter et d’abord de chanter dans ce qui est ma langue maternelle, c’est-à-dire le français.

Cela peut sembler incroyable de rappeler qu’en France, on peut chanter en français et pourtant tant d’artistes pensent que c’est en chantant en anglais qu’ils se feront connaître et apprécier en France. C’est dû aussi au rouleau compresseur anglo -saxon qui veut que pour avoir une quelconque audience et accéder à la diffusion radiophonique et télévisuelle, il faut chanter dans une espèce de « globish », pas toujours maîtrisé d’ailleurs. Et ceux qui s’obstinent à chanter en français se tirent une balle dans le pied dès le début.

La qualité des textes ensuite. Il ne suffit pas de savoir chanter en français, il faut avoir un texte qui ait quelque tenue et ne se contente pas d’ânonner des paroles sans queue ni tête ou d’une pauvreté indigente. Et là, subitement, cela devient le désert, pour trouver une chanteur ou  une chanteuse qui sache chanter et qui soit au service d’un vrai texte d’auteur, il n’y a quasiment plus personne.

Je rectifie, il n’y a plus personne qui peut avoir une chance de se faire connaître, puisque les diffuseurs et les producteurs n’attendent que du prédigéré et du prémâché, des chanteurs –savonnettes, faciles à placer et à remplacer. Je pense qu’l y a en France des auteurs-compositeurs-interprètes qui ont une valeur certaine, mais se faire connaître aujourd’hui tient du miracle, qui, comme on sait, est fort rare et quasi légendaire.

 

C’est que l’éducation musicale est quasi inexistante en France et depuis longtemps, et si l’oreille n’est pas formée dès le plus jeune âge, arrivé vers 20 ans, c’est quasiment impossible à rattraper. Et la quasi-totalité de la population française est dans ce cas-là,  maintenue dans une ignorance musicale presque totale, à tel point que beaucoup de gens ignorent qu’il puisse exister un autre genre de musique que celle qui est déversée par tonneaux entiers dans leurs oreilles.

Ecoutez une émission de radio, la pause musicale sera à 80 ou 90% en anglais, et quand c’est en français la qualité proprement musicale de la chanson et celle du texte est à faire frémir.

Parfois, je me dis que l’on vit dans un pays vraiment colonisé par la culture anglo-saxonne, puisque, en matière de musique et de chansons qui nous occupe ici, les groupes et les chanteurs de langue anglaise sont considérés comme une référence évidente, voire la seule référence possible et imaginable  pour la plus grande partie de la population.

J’en veux pour preuve par exemple l’émission La grande Librairie du 1 er mars 2018. Le physicien Etienne Klein, pour expliquer la nature de la physique, fait une référence aux Beatles et aux Stones. C’est très bien, que dans un but pédagogique, on fasse des liens entre musique et science et je suis persuadée que cela pourrait enrichir notre compréhension de l’une et de l’autre. Mais le scientifique se réfère exclusivement à une culture mondialisée et archi-diffusée, à la manière d’un rouleau compresseur. Sa comparaison pourrait avoir beaucoup  plus de force et de subtilité si son auteur avait quelques notions d’histoire de la musique et quelques connaissances  de la chanson d’expression française de qualité. Mais voilà, comme la très grande majorité de la population française, il n’a vraisemblablement pas reçu le moindre enseignement en ce domaine.

Qu’on se ne méprenne pas, je ne veux pas faire le vieux ronchon qui répète sans arrêt, c’était mieux avant. Mais l’inculture musicale généralisée me pose vraiment question et problème, alors que je me dis que des solutions existent, mais il faut une vraie volonté politique pour cela, et  l’éducation artistique est le cadet des soucis de nos autorités politiques.

 

En ce qui me concerne, j’ai eu une chance extraordinaire, naître dans une famille de mélomanes avertis et avoir bénéficié d’un enseignement musical pendant toute ma primaire. Cet enseignement se faisait à l’école et était dispensé à tous, donc nulle condition de ressources n’était exigée. Et pour moi, comme pour tous les élèves de ces années- là, cela m’a vraiment ouvert un horizon que je ne soupçonnais pas. Je ne suis pas devenue musicienne de métier et il y a beaucoup de choses que j’ignore en ce domaine, mais cela m’a ouvert les oreilles et l’esprit et m’a donné la curiosité nécessaire pour aller voir ailleurs et ne pas me contenter du prémâché déversé par les médias.

Je ne prétends pas du tout être une autorité  en matière de musique, mais j’aime et j’ai le goût d’apprendre ce qui m’est inconnu, j’ai la passion des voyages musicaux dans le temps ou dans l’espace et ça c’est irremplaçable pour conserver sa jeunesse d’esprit. Je cesserai d’avoir le désir d’apprendre le jour où je mourrais et encore, cela n’est pas sûr.

du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite

Du merveilleux en littérature, essai de généalogie littéraire, suite.

 

 

Je voudrais à présent aborder la question du merveilleux en littérature, en particulier l’influence qu’ont pu avoir sur moi les contes et légendes lus dans l’enfance ainsi que les écrits des auteurs que l’on range souvent dans l’école du réalisme magique, à savoir Henri Pourrat, André Dhôtel et Henri Bosco.

 

 

Petite, pendant mon adolescence et mon jeune âge adulte, je vivais seulement dans et pour les œuvres qui sollicitaient mon imaginaire, l’enflammaient, comme les contes et légendes et les mythologies diverses et variées.

 

Quand j’étais tout enfant, mon père nous  racontait parfois des contes de Perrault ou des frères Grimm et j’adorais ça. Nul doute que cela a contribué largement à mon goût, toujours actuel, pour le merveilleux et la féérie.

 

Un jour, je devais avoir 7 ou 8 ans, ma mère ramena un livre à la ma maison, Contes et légendes de l’antiquité grecque et romaine, un livre de la collection Nathan sur les contes et légendes, à couverture blanche et ce fut une révélation ! Un monde entier s’ouvrait à moi, un monde fait de créatures magiques, d’aventures fabuleuses et paysages oniriques, un monde selon mon cœur. Enfin, j’avais trouvé une terre d’appartenance !

 

Depuis lors, mes parents m’offrirent à chaque Noël, fête ou anniversaire un livre de cette collection, ainsi que celle des éditions Gründ. Je vivais en esprit dans ce monde et légendes, mon corps n’étant présent qu’en apparence dans le monde réel. A chaque récit, j’étais le chevalier, le preux, le héros qui allait délivrer la princesse et combattre les monstres, je vivais en imagination des aventures fabuleuses, des épopées incroyables, je rencontrais des êtres fabuleux et magiques, bref, j’étais bien, heureuse, au milieu de ceux que je ressentais comme des pairs et des frères.

 

Plus tard, adolescente et jeune adulte, je découvris des ouvrages littéraires qui baignaient aussi dans une certaine atmosphère de féérie, entrecoupée d’éléments réels, c’est ce que l’on appelé le « réalisme magique », au nombre desquels, on peut compter notamment André Dhôtel[1], Henri Bosco[2], Henri Pourrat[3], autant d’auteurs injustement méprisés et oubliés de nos jours.

Leurs livres étaient empreints d’un certain côté merveilleux, voire fantastique, tout en s’inscrivant dans un cadre de vie actuel, qui faisait apparaître l’ordinaire extraordinaire et savaient débusquer le côté magique des choses là où l’on ne l’attendait pas. Ah que de journées et de soirées délicieuses j’ai passé à lire et à relire L’âne Culotte, Le ciel du faubourg ou Gaspard des Montagnes. Ces livres ont vraiment enchantés mes 20 ans et quand j’écris un conte ou un roman, je me sens souvent dans la filiation de ces auteurs.

 

Je recherche, moi aussi, dans chacune de mes œuvres, photographiques, poétiques ou de romans et de contes, à faire jaillir le merveilleux du quotidien, à faire sentir combien notre monde et notre environnement peut être porteur de magie et de féérie pour qui sait le regarder et le comprendre, je me sens parfois un peu comme une chamane du XXI ème siècle.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Dh%C3%B4tel

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bosco

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Pourrat

Le jardin solidaire, du droit à la terre au droit de propriété.

Le jardin solidaire, du droit à la terre au droit de propriété.

 

 

  1. Définition : jardin partagé vs jardin militant.

 

Après avoir étudié le jardin militant[1], comme forme d’empowerment, mouvement d’autonomisation de collectifs locaux sur fond de révolution sociale, je souhaiterais à présent étudier le jardin militant comme forme de renouvellement des liens de solidarité entre les gens d’un quartier et au-delà, le jardin comme point de départ et aboutissement du lien social et des formes, multiples, d’entraides.

 

Je rappelle la notion de jardin militant, donné dans mon précédent article et ce qui la différencie de la définition de jardin partagé :

 

« 1 B.

Définition

Un jardin partagé est un jardin conçu, créé et cultivé collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village. C’est le plus souvent un jardin urbain, pour des urbains. Il est confié, sous convention, à une association pour une durée limitée. C’est un lieu ouvert sur le quartier, où chacun peut pousser la grille. Le dimanche, on vient flâner ; la semaine, ce sont les employés de bureau

qui viennent avec leur pique-nique. La règle veut que le portail reste ouvert quand un jardinier s’affaire.

Les différents types de jardins partagés

Les jardins collectifs désignent les espaces où l’on jardine en commun. Là, on bine et on désherbe sur une parcelle commune et on décide ensemble de ce qu’on va y faire pousser. Il y a aussi les jardins qui se présentent sous forme de parcelles individuelles. Il est aussi possible d’opter pour un mélange des deux formules.

(…)

 

On voit donc que la collaboration avec les élus et les institutions municipales est indispensable, quand on veut établir un jardin partagé. Mais certaines personnes ou groupements ne veulent ou ne souhaitent attendre la bénédiction des autorités locales. Je cite encore l’agence de l’environnement de Haute- Normandie :

 

 

 

« Les jardins militants

Désireux de se réapproprier l’espace public, certains décident de cultiver une friche abandonnée, le pied d’un arbre sur un trottoir. Ce sont des initiatives sauvages en forme d’actes de résistance. »

 

 

  1. Trois exemples de jardins solidaires

 

Je m’appuierai sur trois exemples de jardins militants, celui de la Ruche à la Croix Rousse, à Lyon,  déjà cité dans mon précédent article, celui des Lentillères à Dijon, et le Jardin Solidaire, à Paris XXème.

 

Les jardins militants, par delà les différences de situation locale, connaissent des caractéristiques communes.

Dans les trois cas qui nous occupent, ce sont des terrains abandonnés et en friche qui sont réoccupés et réquisitionnés par les habitants du quartier, dans un but plus ou moins précis de le  réhabiliter pour en faire un jardin ainsi que pour développer des activités d’entraide, comme le soutien scolaire ou bien des secours aux habitants démunis ou sans papiers.

 

C’est, bien souvent, un vrai projet de contre-culture qui se met en place avec une culture de résistance et d’insubordination, de contestation des autorités en place.

Ainsi Olivier Pinalie, le fondateur du Jardin solidaire, impasse Satan, à Paris XXème, ne demande aucune autorisation à la mairie pour commencer à défricher et occuper le terrain. Bien au contraire, il s’inscrit dès le départ dans une attitude de rébellion et d’opposition à la mairie du XXème.

Et le projet du jardin des Lentillères à Dijon, s’inscrit dans un projet plus vaste, un projet politique, d’occupation des sols et d’une sorte de communauté automne et autogérée, comme l’exprime le nom du projet sur leur site internet : «  Quartier Libre des Lentillères ».

 

Dès le départ, ce qui n’est d’abord que le Jardin des Maraîchers contient un projet politique de réappropriation de l’espace public par les habitants, de subvenir aux besoins de la communauté et de restaurer des liens de solidarité entre habitants, primo- arrivants, comme les sans- papiers ou les migrants ou bien installés depuis plus longtemps, comme les maraichers en quête de terre.

 

En effet, ce vaste terrain en friche qui a connu une occupation de 2010 à 2016, est une ancienne terre maraichère, que les maraichers ont quittée petit à petit devant l’avancée de l’urbanisation et de la spéculation immobilière au début des années 2000. Et dans ces années là, un certain groupe de Dijonnais se fédèrent en quête de terrains pour faire vivre leur projet d’autogestion et de mise en commun des ressources et leur choix se fixe sur le quartier des Lentillères, ancienne terre maraichère à la périphérie de Dijon.

Dès le début, ils savent que leur occupation sera précaire, car la mairie a le projet de racheter cet endroit pour construire et depuis 2013, ils savent que la marie de Dijon, qui a un ambitieux projet d’éco-quartiers dans l’agglomération di jonnaise, va y construire un éco quartier, dit des Maraichers. A partir de là, il s’agit de durer le plus possible, en se faisant connaitre dans le tout-Dijon par des actions en plein centre-ville, et en tentant de fédérer les habitants du quartier autour de la défense du projet.

C’est que beaucoup d’initiatives ont eu lieu dans ce terrain occupé à destination des locaux. Des spectacles, des marchés à prix libre où les jardiniers vendent le produit de leur récolte, des actions en faveur des sans papiers et des migrants. Un collectif « Pot ‘ Col «  (potager collectif des Lentillières) s’est organisé pour fédérer toutes ces activités. Des liens sont noués avec la ZAD de Notre-Dame des Landes. Bref, c’est un vrai projet politique de contreculture et de démocratie participative qui se met en place, en opposition frontale avec la marie de Dijon.

Les Lentillères résisteront 6 ans et en avril 2016, la première de l’éco-quartier des Maraichers est posée. Face au droit de propriété de la mairie, qui acquit les terrains concernés et face à la puissance de la spéculation immobilière, le potager des Maraichers et son projet de société alternative ne fait pas le poids.

 

Le Jardin Solidaire de Paris XXème est celui des ces 3 jardins qui a connu la plus grande réussite, ce qui n’a pas empêché non plus à la fin des  années 2000, de connaitre le même sort que les autres, être récupéré par la mairie d’arrondissement pour y construire un gymnase.

Au début des années 2000, un peintre –graveur, Olivier Pinalie, décide de sa propre initiative d’aller occuper un grand terrain en friche pour en faire un jardin. Les débuts sont fort difficiles, le jardinier est presque seul sur un terrain jonché de déchets et de rebuts et  que les adolescents un peu loubards du quartier ont eu élu comme qg.

Petit à petit, il réussit à s’entendre avec des figures du quartier qui lui prêtent main forte et le jardin sort peu à peu de terre avec des hauts et des bas. Dès le départ, l’opposition entre la mairie d’arrondissement et les jardiniers est frontale, et les édiles n’auront de cesse de mettre à bas ce projet de jardin et de démocratie participative qu’ils ressentent comme une insulte à leur égard.

Bientôt, c’est toute une petite communauté qui s’organise autour de ce terrain, pour en faire un jardin digne de ce nom, avec des activités à destination des habitants, comme le soutien scolaire.

Une volonté de faire connaitre le jardin et de le pérenniser  va en même temps qu’un désir de faire reconnaitre le jardin par les autorités en place. Des demandes de subvention à la Fondation de France sont mises en route et acceptés, le jardin devient un lieu connu et reconnu des parisiens qui viennent s’y promener le dimanche, des reportages photographiques et des films sont réalisés sur le jardin. Le Jardin Solidaire commence à devenir un lieu de promenade vraiment connu, et bon gré mal gré, il est intégré dans le réseau des jardins partagés de Paris, par une convention signée avec la mairie d’arrondissement.

Mais un an après, le Jardin Solidaire ferme ses portes pour être remplacé par un gymnase. La mairie du XX ème a réussi à faire valoir ses droits à la propriété et la puissance de la spéculation immobilière a eu gain de cause.

 

 

Face à cette occupation illégale et sans titre, les autorités municipales  réagissent toujours avec une grande violence, à la mesure du dommage qu’ils estiment être commis par les occupants du terrain.  A Dijon, ils font venir une pelleteuse pour faire de grands trous pour rendre le jardin incultivable, à Lyon, par trois fois le jardin et la villa attenante sont saccagés, et par trois  fois les habitants les réoccupent.

C’est qu’il s’agit non seulement d’une question économique mais aussi d’une question politique. L’occupation de ces terres contrarie les projets immobiliers de la mairie, ce qui est un manque à gagner économique, mais surtout ils la frustrent de son droit légitime de propriété en lui opposant un droit à la terre et une revendication de gouvernement autonome des habitants par eux- mêmes. Et cela, c’est une revendication qu’aucune autorité en place ne saurait accepter. Face à cette manifestation de démocratie participative en acte,  qui les met  vraiment en cause comme détenteurs de l’autorité et de légitime propriétaire du terrain, ils ne peuvent que répondre par l’exercice de la violence, qui est un monopole des dépositaires de la puissance publique.

 

Voilà pourquoi ces jardins militants ne peuvent perdurer, à la différence des jardins partagés, car construits dès l’origine sur la contestation et l’opposition au pouvoir en place.

Face au droit à la terre et l’autodétermination, le droit de propriété et d’usage légitime de la violence des autorités locales s’imposent toujours. Les jardins militants, initiative de démocratie participative locale, sont dès l’origine condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

  1. Ressources multimédias :

 

https://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/le-jardin-des-lentilleres-1

 

https://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/le-jardin-des-lentilleres-dijon-2

 

http://lentilleres.potager.org/

 

https://www.facebook.com/la.ruche.xrousse?fref=ts

 

http://www.rue89lyon.fr/2015/05/01/la-ville-de-lyon-part-labordage-du-jardin-pirate-des-pentes-de-la-croix-rousse/

 

http://www.makery.info/2015/07/28/mes-voisins-ces-squatteurs/

 

 

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-02-02-10h00.htm : conférence de Pierre Charbonnier : L’ubiquité des modernes. Souveraineté territoriale et écologie globale

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-02-16-10h00.htm : conférence de Sarah Vanuxem : La propriété comme faculté d’habiter la terre

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-03-16-10h00.htm : conférence de PIerre Dardot  Les communs et la question de la souveraineté.

https://lejardindepensees.com/2015/08/19/du-jardin-partage-au-jardin-militant-une-forme-dempowerment/

2.     Livres.

Olivier Pinalie, Chronique d’un jardin solidaire, une aventure humaine et botanique, Cnt-Rp, 2016.

 

 

[1] https://lejardindepensees.com/2015/08/19/du-jardin-partage-au-jardin-militant-une-forme-dempowerment/

Comme un goût de l’ailleurs, essai de généalogie musicale

Comme un goût d’ailleurs, essai de généalogie musicale.

 

 

Lorsque l’on recherche les origines d’une vocation, artistique, ou autre, on se cherche des grands ancêtres ou des figures tutélaires, cet article est  une tentative de faire le point sur mes influences sonores ou musicales.

 

 

Je parle d’influences musicales ET sonores, car souvent, c’est le son qui m’intéresse autant que la musique, voire même parfois avant la musique.

 

Déjà, petite, j’étais fascinée par les sons que j’entendais autour de moi, un chant d’oiseau, une porte qui claque, un aboiement au loin et déjà j’échafaudais une histoire digne des milles et une nuit avec ces sons, heureuse de les entendre et d’immerger dans cet environnement sonore qui m’entourait.

Je n’avais de cesse d’être à l’affût de ce qui m’entourait, écoutant tout, regardant tout et n’étant plus qu’une oreille et qu’un regard. Car c’est là que je suis avant, quelqu’un qui observe et qui écoute, une méditative, une contemplative.

 

J’adorerais écouter à la radio (car mes parents écoutaient beaucoup la radio) des reportages sur des coins de France ou d’ailleurs, j’adorais entendre tous ces sons venus d’ailleurs, d’endroits que je pouvais imaginer et me représenter à ma guise dans mon imagination d’enfant. Une émission m’a particulièrement marquée dans mon jeune âge, c’était Le pays d’ici, des reportages en immersion dans divers coins de France. C’est cette émission, et la radio en général, qui ont beaucoup contribué à façonner mon univers sonore et musical.

 

C’était toujours à la radio que je découvris, vers l’âge de 15 ans, ce qui allait devenir ma grande passion musicale, avec les sons de la nature, l’ethnomusicologie.

Quand je rentrais du collège, puis du lycée, il y avait une émission vers 17h qui parlait des musiques de tradition orale. Et comme j’avais pris l’habitude, sur le modèle de mes parents, de beaucoup écouter la radio, je découvris petit à petit cet univers musical qui progressivement m’enchanta.

 

Cet univers me parlait d’ailleurs, de pays inconnus avec des noms étranges où je rêvais d’aller, il me transportait bien loin de là où j’étais, et pendant ce court moment de l’émission, j’étais heureuse et pleinement en accord avec moi- même.

Pour moi, qui ne me sentais guère de  mon époque et qui ressentait toujours comme une étrange impression d’exil, une espèce de nostalgie diffuse de je ne savais trop quoi, pour la première fois  de mon existence, je me trouvais enfin  une terre d’appartenance, un lieu où je me sentais enfin pleinement chez moi. En écoutant ces musiques, qu’il s’agisse du chant diphonique mongol[1], de la polyphonie pygmée[2] ou bien du gamelan de Java ou de Bali[3], je me trouvais soudain transportée ailleurs, loin de toutes mes préoccupations présentes et en parfaite communion avec les musiciens qui jouaient ces musiques là.

J’avais enfin trouvé une terre où vivre et espérer, un paradis où me refugier, un pays d’appartenance où je puisse être enfin moi, pleinement et complètement.

 

Cet amour pour les musiques de tradition orale n’a jamais cessé et n’a fait que croître et embellir et bientôt il s’est doublé d’une autre passion, celle des sons et des chants de la nature.

En effet, j’ai toujours adoré entendre ce qui se passait autour de moi, très attentive au paysage sonore qui m’entourait, en particulier quand je me trouvais dans la nature, qu’il s’agisse de la pleine nature ou bien d’un jardin ou d’un parc.

Jeune adulte, j’ai commencé à collectionner les cd d’enregistrements des sons de la nature, du monde entier. Et j’ai pris plaisir ainsi à voyager de pays en pays, de continent en continent, en vrai nomade de l’oreille.

Puis la passion s’accroissant de plus en plus, j’ai trouvé que cela n’était pas suffisant et j’ai commencé d’enregistrer les sons autour de moi. J’enregistre les chants d’oiseaux à l’aube au printemps à la campagne ou bien dans mon jardin, mais aussi les fontaines, les cascades, la pluie et l’orage, ainsi que des bruits de mon environnement quotidien sortes de cartes postales sonores des sons que j’entend autour de là où j’habite.

J’ai aussi commencé à écrire des sortes de petits contes sonores, pour l’instant essentiellement avec des sons de banques de son, car ma sonothèque n’est pas encore très fournie, ni diversifiée, mais j’ai bon espoir de pouvoir réaliser des œuvres qui m’appartiennent en propre bientôt.

 

J’ai aussi un autre goût pour l’ailleurs en matière de musique, cette fois dans le temps, les musiques anciennes, qu’il s’agisse de musiques médiévales ou de la renaissance. Ce goût, je le dois encore à la radio, qui sut ouvrir mon esprit et mon oreille à une matière sonore qui n’est peut être pas évidente au premier abord, mais fort plaisante quand on  s’y est habitué. L’émission Le matins des musiciens fut pour beaucoup dans mon goût pour ce genre de musique, et je me souviens en particulier d’une semaine consacré à l’ars nova[4], qui fut tout à fait fabuleuse.

J’aime aussi bien la musique sacrée que la musique profane des ces temps là, un motet de Guillaume de Machaut[5] comme un chant de troubadours ou bien une ensalada[6] espagnole. ET lors que j’écoute ce genre de musique, c’est comme si je me trouvais tout d’un coup Jaufré Rudel[7] déclamant pour sa bien aimé ou bien en plein milieu d’une fête dans la brillante cour de Gaston Phoebus, comte de Foix[8] et mon sentiment permanent d’exil s’apaise quelque peu.

 

 

Ainsi, l’on peut voir que mes goûts et mes influences en matière sont marqués par un goût de l’ailleurs et de l’inconnu, d’aller entendre ce qui se fait autrement et dans d’autres pays que le mien. Ainsi, après avoir puissamment apaisé mon sentiment permanent d’exil, ces musiques de traditions orales, anciennes ou ces sons de la nature, ont fait de moi un vrai nomade de l’oreille, qui sait faire voyager son imagination et sa sensibilité grâce à ces terres qui, sans, cela,  me seraient restés à tout jamais étrangères.

 

 

Pour ceux qui voudraient entendre ce que j’enregistre et je crée, voici deux liens :

 

https://www.mixcloud.com/lucile-longre/

 

https://soundcloud.com/lucile-longre

 

 

 

 

[1] http://blog.syti.net/index.php?article=367

[2] https://www.youtube.com/watch?v=ApZVPIP1uhg

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gamelan

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ars_nova

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Machaut

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ensalada_(musique)

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jaufr%C3%A9_Rudel

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_III_de_Foix-B%C3%A9arn

L’Orient au cœur, essai de généalogie littéraire

L’Orient au cœur, essai de généalogie littéraire 2.

 

 

Lorsque l’on cherche d’où vient la vocation d’écrire, on se met en quête  de figures tutélaires et de grands ancêtres. Cet article va donc étudier mes inspirations littéraires, en particulier pour ce qui concerne l’Orient, et spécialement la Chine et le Japon.

 

 

 

J’ai toujours aimé écrire et j’écris des textes, des poèmes, quasiment depuis que je sais écrire, depuis l’âge de 7 ou 8 ans. Cette précocité de ma vocation, qui m’a causé quelques désagréments alors que j’étais d’âge scolaire, s’est poursuivie de mes 7 ans à mes 15 ans, date à la quelle j’ai cessé d’écrire de la poésie. La  charge de travail en classe s’alourdissant de plus en plus, et moi- même ayant sans doute cessé de croire en mon talent poétique, ou n’en éprouvant plus la nécessité interne, je n’ai repris la plume que vers 35 ans, alors que beaucoup de choses dans ma vie  avaient changé.

A l’âge de 35 ans, la nécessité d’écrire est revenue, une nécessité vitale, urgente, où j’avais l’impression que ma vie pouvait dépendre de ces quelques mots jetés sur le papier, où plutôt sur l’ordinateur (je n’écris que sur l’ordinateur, sur le papier, je n’arrive à rien et mon inspiration se fige et se bloque).

Je crois que je peux dire, qu’à l’époque, l’écriture m’a sauvé ou du moins qu’elle a été un facteur primordial et essentiel de ma renaissance. A présent, et depuis quelques années, j’ai un rapport plus apaisé à l’écriture et j’ai aussi diversifié ma production littéraire, romans, essai, articles divers …

 

Pour ce qui concerne mon œuvre poétique à proprement parler, j’ai déjà tenté de dresser un portrait de mes influences littéraires en matière de poésie amoureuse[1]. A présent, je souhaiterais parler de mes inspirations extrême-orientales, japonaises et chinoises surtout, pour ce qui concerne mon écriture poétique.

 

 

Le Japon et la Chine sont venus vraiment dans ma vie, vers l’âge de 30 ans, alors que j’étais en plein désarroi intérieur et en pleine recherche d’une nouvelle façon de vivre, de penser et d’espérer. Au fond de la nuit où je me débattais, il y avait un rêve d’Orient, un désir d’Orient, et particulièrement d’Extrême-Orient, et je me suis mise activement à rechercher tout ce qui parlait de cette région du monde, et tout spécialement du Japon.

J’ai commencé à m’intéresser au cinéma japonais, notamment au cinéma d’animation (les studios Ghibli), ainsi qu’à l’art du Japon et de la Chine, à leur littérature et à leur mode de vie. Le mode de vie japonais traditionnel, particulièrement, par son esprit de calme et de dépouillement, son caractère méditatif m’attira beaucoup, moi qui vivais une véritable tempête intérieure.

Je me passionnais aussi pour les arts martiaux (passion qui n’a pas cessée depuis et m’a inspiré toute une série d’articles et toute une théorie où je lie arts martiaux et photographie[2]), et faute d’avoir une santé suffisante pour pouvoir les pratiquer, j’appris beaucoup sur eux par les livres et les vidéos que je pus voir sur le net.  Et  ce que je retirais de cette étude, comme  de celles de toutes les voies japonaises (calligraphie, thé…), que j’étudiais également, modifia considérablement et définitivement mes manières de ressentir et d’agir, mon mode de pensée et ma façon d’écrire.

Pour moi, il y eut vraiment un avant et un après la rencontre avec les civilisations d’Extrême- Orient.

 

 

Pour ce qui regarde ma production poétique, au fur et à mesure que je prenais connaissance de la poésie chinoise et japonaise, je prenais aussi conscience de la nécessité de faire évoluer mon écriture, qui était jusque là assez ample et lyrique, avec de longs poèmes et une écriture assez profuse.

J’avais envie de changement, d’une écriture plus resserrée, plus dense, plus essentielle, où chaque mot devait être pensé longuement. Je désirais plus de concision dans l’expression, un côté beaucoup plus méditatif et contemplatif, qui correspondait beaucoup mieux à ma nouvelle manière d’être.

Je restais bien deux ou trois ans sans écrire ou quasiment, le temps que la métamorphose, que le chemin intérieur se fasse, et si cela me sembla long parfois et où je crus à de nombreuses reprises mon inspiration et mon talent poétique envolés, je me rends compte à quel point cette attente fut nécessaire et heureuse.

Cette attente m’appris la patience, et le fait que prendre son temps pour aboutir à un meilleur résultat n’était pas une mauvaise chose. C’est en particulier une chose que je retire de l’étude de la calligraphie japonaise, que je pratiquais quelques mois à Paris (j’aurais bien voulu continuer cette étude, mais cela ne fut pas malheureusement possible).

Durant ces quelques cours que je suivis avec un maitre japonais, il nous fit comprendre la nécessité tout d’abord de bien méditer avant d’entreprendre une calligraphie ( chaque cours commençait d’abord par 20 mn de méditation), et ensuite, il nous appris le goût du bon geste, en nous faisant refaire encore et encore la calligraphie en cours tant que nous n’aurions pas le geste qu’il faut et donc le cheminement intérieur qui va avec. Il y a quelque chose de profondément apaisant dans l’exercice de la calligraphie japonaise (et chinoise aussi, mais je ne l’ai pas pratiquée), on se concentre sur son geste, uniquement sur cela, on se recentre en soi même, dans une sorte de transe presque hypnotique, mais infiniment calmante, en tout cas dans mon expérience.

 

Et c’est cette attitude interne de méditation et de concentration apprise en calligraphie que je voulais transposer dans mon art poétique et dans ma vie toute entière. Cela prit du temps, comme toute chose que l’on veut installer sur des bases solides, mais petit à petit, cela se fit, et progressivement, je me remis à écrire d’une façon qui me satisfasse  beaucoup mieux  et plus complètement.

L’influence de cet apprentissage se fit sentir dans toute mon existence, et dans ma pratique photographique également, qui se veut avant être une contemplation et une méditation  dans et sur la nature qui nous entoure.

 

Ainsi, ma rencontre avec l’Extrême-Orient fut une rencontre vitale, de celle qui transforme une vie entière, de celle qui sauve  et enchante à jamais une existence. Aussi, je peux véritablement dire que, pour toujours, j’ai l’Orient au cœur.

 

Pour ceux qui voudraient lire mes poèmes, ils peuvent  se rendre sur cette page Facebook, où je poste des poèmes accompagnés de photos de temps en temps[3], ainsi que sur ce site (qui sera remis à jour bientôt)  [4].

 

[1] https://lejardindepensees.com/2017/07/18/la-poesie-amoureuse-dorient-et-doccident-essai-de-genealogie-litteraire/

[2] https://imagesetimageurs.com/category/reflexions-photographiques/

[3] https://www.facebook.com/LucileLongre/

[4] http://eowin69.free.fr/