qu’est ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Qu’est-ce que chanter ? Sur l’inculture musicale généralisée.

Devant le déferlement de médiocrités en matière de chansons depuis des années qui agressent mes oreilles de façon insupportable, j’ai jugé bon de me rappeler ce qui est pour moi l’art de bien chanter et d’abord de chanter dans ce qui est ma langue maternelle, c’est-à-dire le français.

Cela peut sembler incroyable de rappeler qu’en France, on peut chanter en français et pourtant tant d’artistes pensent que c’est en chantant en anglais qu’ils se feront connaître et apprécier en France. C’est dû aussi au rouleau compresseur anglo -saxon qui veut que pour avoir une quelconque audience et accéder à la diffusion radiophonique et télévisuelle, il faut chanter dans une espèce de « globish », pas toujours maîtrisé d’ailleurs. Et ceux qui s’obstinent à chanter en français se tirent une balle dans le pied dès le début.

La qualité des textes ensuite. Il ne suffit pas de savoir chanter en français, il faut avoir un texte qui ait quelque tenue et ne se contente pas d’ânonner des paroles sans queue ni tête ou d’une pauvreté indigente. Et là, subitement, cela devient le désert, pour trouver une chanteur ou  une chanteuse qui sache chanter et qui soit au service d’un vrai texte d’auteur, il n’y a quasiment plus personne.

Je rectifie, il n’y a plus personne qui peut avoir une chance de se faire connaître, puisque les diffuseurs et les producteurs n’attendent que du prédigéré et du prémâché, des chanteurs –savonnettes, faciles à placer et à remplacer. Je pense qu’l y a en France des auteurs-compositeurs-interprètes qui ont une valeur certaine, mais se faire connaître aujourd’hui tient du miracle, qui, comme on sait, est fort rare et quasi légendaire.

 

C’est que l’éducation musicale est quasi inexistante en France et depuis longtemps, et si l’oreille n’est pas formée dès le plus jeune âge, arrivé vers 20 ans, c’est quasiment impossible à rattraper. Et la quasi-totalité de la population française est dans ce cas-là,  maintenue dans une ignorance musicale presque totale, à tel point que beaucoup de gens ignorent qu’il puisse exister un autre genre de musique que celle qui est déversée par tonneaux entiers dans leurs oreilles.

Ecoutez une émission de radio, la pause musicale sera à 80 ou 90% en anglais, et quand c’est en français la qualité proprement musicale de la chanson et celle du texte est à faire frémir.

Parfois, je me dis que l’on vit dans un pays vraiment colonisé par la culture anglo-saxonne, puisque, en matière de musique et de chansons qui nous occupe ici, les groupes et les chanteurs de langue anglaise sont considérés comme une référence évidente, voire la seule référence possible et imaginable  pour la plus grande partie de la population.

J’en veux pour preuve par exemple l’émission La grande Librairie du 1 er mars 2018. Le physicien Etienne Klein, pour expliquer la nature de la physique, fait une référence aux Beatles et aux Stones. C’est très bien, que dans un but pédagogique, on fasse des liens entre musique et science et je suis persuadée que cela pourrait enrichir notre compréhension de l’une et de l’autre. Mais le scientifique se réfère exclusivement à une culture mondialisée et archi-diffusée, à la manière d’un rouleau compresseur. Sa comparaison pourrait avoir beaucoup  plus de force et de subtilité si son auteur avait quelques notions d’histoire de la musique et quelques connaissances  de la chanson d’expression française de qualité. Mais voilà, comme la très grande majorité de la population française, il n’a vraisemblablement pas reçu le moindre enseignement en ce domaine.

Qu’on se ne méprenne pas, je ne veux pas faire le vieux ronchon qui répète sans arrêt, c’était mieux avant. Mais l’inculture musicale généralisée me pose vraiment question et problème, alors que je me dis que des solutions existent, mais il faut une vraie volonté politique pour cela, et  l’éducation artistique est le cadet des soucis de nos autorités politiques.

 

En ce qui me concerne, j’ai eu une chance extraordinaire, naître dans une famille de mélomanes avertis et avoir bénéficié d’un enseignement musical pendant toute ma primaire. Cet enseignement se faisait à l’école et était dispensé à tous, donc nulle condition de ressources n’était exigée. Et pour moi, comme pour tous les élèves de ces années- là, cela m’a vraiment ouvert un horizon que je ne soupçonnais pas. Je ne suis pas devenue musicienne de métier et il y a beaucoup de choses que j’ignore en ce domaine, mais cela m’a ouvert les oreilles et l’esprit et m’a donné la curiosité nécessaire pour aller voir ailleurs et ne pas me contenter du prémâché déversé par les médias.

Je ne prétends pas du tout être une autorité  en matière de musique, mais j’aime et j’ai le goût d’apprendre ce qui m’est inconnu, j’ai la passion des voyages musicaux dans le temps ou dans l’espace et ça c’est irremplaçable pour conserver sa jeunesse d’esprit. Je cesserai d’avoir le désir d’apprendre le jour où je mourrais et encore, cela n’est pas sûr.

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