Comme un goût de l’ailleurs, essai de généalogie musicale

Comme un goût d’ailleurs, essai de généalogie musicale.

 

 

Lorsque l’on recherche les origines d’une vocation, artistique, ou autre, on se cherche des grands ancêtres ou des figures tutélaires, cet article est  une tentative de faire le point sur mes influences sonores ou musicales.

 

 

Je parle d’influences musicales ET sonores, car souvent, c’est le son qui m’intéresse autant que la musique, voire même parfois avant la musique.

 

Déjà, petite, j’étais fascinée par les sons que j’entendais autour de moi, un chant d’oiseau, une porte qui claque, un aboiement au loin et déjà j’échafaudais une histoire digne des milles et une nuit avec ces sons, heureuse de les entendre et d’immerger dans cet environnement sonore qui m’entourait.

Je n’avais de cesse d’être à l’affût de ce qui m’entourait, écoutant tout, regardant tout et n’étant plus qu’une oreille et qu’un regard. Car c’est là que je suis avant, quelqu’un qui observe et qui écoute, une méditative, une contemplative.

 

J’adorerais écouter à la radio (car mes parents écoutaient beaucoup la radio) des reportages sur des coins de France ou d’ailleurs, j’adorais entendre tous ces sons venus d’ailleurs, d’endroits que je pouvais imaginer et me représenter à ma guise dans mon imagination d’enfant. Une émission m’a particulièrement marquée dans mon jeune âge, c’était Le pays d’ici, des reportages en immersion dans divers coins de France. C’est cette émission, et la radio en général, qui ont beaucoup contribué à façonner mon univers sonore et musical.

 

C’était toujours à la radio que je découvris, vers l’âge de 15 ans, ce qui allait devenir ma grande passion musicale, avec les sons de la nature, l’ethnomusicologie.

Quand je rentrais du collège, puis du lycée, il y avait une émission vers 17h qui parlait des musiques de tradition orale. Et comme j’avais pris l’habitude, sur le modèle de mes parents, de beaucoup écouter la radio, je découvris petit à petit cet univers musical qui progressivement m’enchanta.

 

Cet univers me parlait d’ailleurs, de pays inconnus avec des noms étranges où je rêvais d’aller, il me transportait bien loin de là où j’étais, et pendant ce court moment de l’émission, j’étais heureuse et pleinement en accord avec moi- même.

Pour moi, qui ne me sentais guère de  mon époque et qui ressentait toujours comme une étrange impression d’exil, une espèce de nostalgie diffuse de je ne savais trop quoi, pour la première fois  de mon existence, je me trouvais enfin  une terre d’appartenance, un lieu où je me sentais enfin pleinement chez moi. En écoutant ces musiques, qu’il s’agisse du chant diphonique mongol[1], de la polyphonie pygmée[2] ou bien du gamelan de Java ou de Bali[3], je me trouvais soudain transportée ailleurs, loin de toutes mes préoccupations présentes et en parfaite communion avec les musiciens qui jouaient ces musiques là.

J’avais enfin trouvé une terre où vivre et espérer, un paradis où me refugier, un pays d’appartenance où je puisse être enfin moi, pleinement et complètement.

 

Cet amour pour les musiques de tradition orale n’a jamais cessé et n’a fait que croître et embellir et bientôt il s’est doublé d’une autre passion, celle des sons et des chants de la nature.

En effet, j’ai toujours adoré entendre ce qui se passait autour de moi, très attentive au paysage sonore qui m’entourait, en particulier quand je me trouvais dans la nature, qu’il s’agisse de la pleine nature ou bien d’un jardin ou d’un parc.

Jeune adulte, j’ai commencé à collectionner les cd d’enregistrements des sons de la nature, du monde entier. Et j’ai pris plaisir ainsi à voyager de pays en pays, de continent en continent, en vrai nomade de l’oreille.

Puis la passion s’accroissant de plus en plus, j’ai trouvé que cela n’était pas suffisant et j’ai commencé d’enregistrer les sons autour de moi. J’enregistre les chants d’oiseaux à l’aube au printemps à la campagne ou bien dans mon jardin, mais aussi les fontaines, les cascades, la pluie et l’orage, ainsi que des bruits de mon environnement quotidien sortes de cartes postales sonores des sons que j’entend autour de là où j’habite.

J’ai aussi commencé à écrire des sortes de petits contes sonores, pour l’instant essentiellement avec des sons de banques de son, car ma sonothèque n’est pas encore très fournie, ni diversifiée, mais j’ai bon espoir de pouvoir réaliser des œuvres qui m’appartiennent en propre bientôt.

 

J’ai aussi un autre goût pour l’ailleurs en matière de musique, cette fois dans le temps, les musiques anciennes, qu’il s’agisse de musiques médiévales ou de la renaissance. Ce goût, je le dois encore à la radio, qui sut ouvrir mon esprit et mon oreille à une matière sonore qui n’est peut être pas évidente au premier abord, mais fort plaisante quand on  s’y est habitué. L’émission Le matins des musiciens fut pour beaucoup dans mon goût pour ce genre de musique, et je me souviens en particulier d’une semaine consacré à l’ars nova[4], qui fut tout à fait fabuleuse.

J’aime aussi bien la musique sacrée que la musique profane des ces temps là, un motet de Guillaume de Machaut[5] comme un chant de troubadours ou bien une ensalada[6] espagnole. ET lors que j’écoute ce genre de musique, c’est comme si je me trouvais tout d’un coup Jaufré Rudel[7] déclamant pour sa bien aimé ou bien en plein milieu d’une fête dans la brillante cour de Gaston Phoebus, comte de Foix[8] et mon sentiment permanent d’exil s’apaise quelque peu.

 

 

Ainsi, l’on peut voir que mes goûts et mes influences en matière sont marqués par un goût de l’ailleurs et de l’inconnu, d’aller entendre ce qui se fait autrement et dans d’autres pays que le mien. Ainsi, après avoir puissamment apaisé mon sentiment permanent d’exil, ces musiques de traditions orales, anciennes ou ces sons de la nature, ont fait de moi un vrai nomade de l’oreille, qui sait faire voyager son imagination et sa sensibilité grâce à ces terres qui, sans, cela,  me seraient restés à tout jamais étrangères.

 

 

Pour ceux qui voudraient entendre ce que j’enregistre et je crée, voici deux liens :

 

https://www.mixcloud.com/lucile-longre/

 

https://soundcloud.com/lucile-longre

 

 

 

 

[1] http://blog.syti.net/index.php?article=367

[2] https://www.youtube.com/watch?v=ApZVPIP1uhg

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gamelan

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ars_nova

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Machaut

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ensalada_(musique)

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jaufr%C3%A9_Rudel

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_III_de_Foix-B%C3%A9arn

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