la poésie amoureuse d’Orient et d’Occident, essai de généalogie littéraire

La poésie amoureuse d’Orient et d’Occident, essai de  généalogie littéraire.

 

 

Lorsque l’on se penche sur l’origine d’une vocation littéraire, on se cherche en général des grands ancêtres et des figures tutélaires, c’est ce que je vais m’efforcer de faire à présent.

 

 

En effet, lorsque je me suis interrogée sur les sources possibles de mon inspiration littéraire et particulièrement poétique, je suis mise à la recherche de grands ancêtres en ce domaine, de poètes et de poétesses dont l’exemple avait pu m’inciter à écrire et constituer les racines de ma vocation poétique.

 

J’ai diverses sources d’inspiration quand j’écris de la poésie, centrée principalement sur le thème de la nature et des ses beautés, et l’une des formes principales que je choisis pour exprimer cela, est la poésie amoureuse. Je peux être indifféremment un homme ou une femme déclarant son amour à l’élu de son cœur, mais c’est toujours  à travers des manifestations  ou des personnifications naturelles que l’amour trouvera à s’exprimer. C’est une caractéristique constante de ma poésie que de se relier constamment à l’environnement naturel pour exprimer son émotion et ses ressentis, et cela, je l’ai autant emprunté à quelques uns de mes modèles en écriture qu’elle m’est une caractéristique personnelle et essentielle. Toute mon œuvre littéraire et toute ma production en général ne peuvent se comprendre que  par rapport à ce goût viscéral pour toute vie végétale, animale et tout ce qui constitue le paysage en général. Je n’écris que pour me sentir encore mieux reliée au monde vivant et à la nature et pour mieux les faire comprendre,  défendre et respecter par mes lecteurs.

 

Lorsque je me penche sur l’origine de ma vocation poétique, et spécialement sur celle de la poésie amoureuse,  me vient alors comme référence première la première civilisation à avoir connu l’écriture, à savoir la civilisation sumérienne et mésopotamienne.

De fait, j’ai découvert cette civilisation et ses réalisations à l’âge de 18 ans, à travers l’ouvrage qui a révélé cette civilisation au  grand public français, L’histoire commence à Sumer de Samuel Noah Kramer[1]. Cet ouvrage fut pour moi une révélation et m’ouvrit un monde et une culture encore insoupçonnés jusque là. Grâce à cet ouvrage, je fus instruite  sur les origines de notre civilisation occidentale et sur  ce qu’elle devait aux pays du Croissant Fertile. Je pris ainsi connaissance des premiers écrits connus  depuis l’invention de l’écriture, en 3200 avant notre ère, et notamment des premiers poèmes composés depuis cette invention. Ce qui me frappa dans ce que je lus alors, fut de constater la présence, dès les origines de l’écriture, de l’écriture poétique et de l’écriture amoureuse.

Certes, cela ne ressemblait pas à ce qui se pouvait  s’écrire  au XX ème siècle finissant, mais cela était malgré tout étrangement familier et aussi rassurant de constater que quelques milliers d’années avant nous, les hommes de cette époque  (quid des femmes ?) avaient ressenti et sut exprimer les mêmes émotions que nous.

 

Après cette première découverte des origines proche-orientales de notre civilisation, je fus amenée à m’intéresser de plus près à l’Orient en général, ainsi qu’à l’Asie et au monde arabo- musulman.

Je me penchais d’abord plus attentivement sur ce que notre époque devait à la culture juive, en particulier sur l’influence qu’avaient eu la Bible, et la civilisation qui l’avait écrite, sur notre monde contemporain. Un écrit surtout me frappa et continue de me frapper encore et encore, c’est le Cantique des Cantiques[2]. Ce texte eut pour moi et mon écriture  une importance fondamentale et il est impossible pour quiconque de comprendre pourquoi et comment j’écris,  s’il ne se réfère au Cantique des Cantiques.

Jamais texte n’eut si grande et si précoce influence sur moi et je ne cesse, même à présent, d’y revenir encore et encore.

Partant du monde de la Bible, je passais à la civilisation égyptienne antique, où ce furent d’abord les hymnes à Aton du Pharaon Akhénaton et de son épouse Néfertiti [3]qui retinrent mon attention. J’y découvris, par delà les siècles, une proximité de sensibilité et d’inspiration qui me troubla beaucoup et me fit grand bien.  Par la suite, dans mon âge adulte, je découvris la poésie amoureuse de l’Egypte Antique, genre qui naquit au Nouvel Empire et mourut avec lui, et j’y retrouvais là aussi une communauté  de sentiments et d’expression[4]. Là aussi, il est impossible comprendre mon œuvre poétique si l’on oublie cette influence précoce sur mon écriture.

 

Avançant en âge et dans mon écriture, j’explorais de nouveaux horizons, et ce fut la poésie courtoise et amoureuse de l’époque médiévale qui attira mon intérêt.

Lorsque qu’on parle de la poésie lyrique médiévale, il ne faut surtout pas oublier l’influence et l’importance qu’eût la poésie amoureuse arabo-musulmane, transmis par l’intermédiaire de l’Espagne musulmane, Al Andalus[5], sur l’écriture  courtoise de l’Europe entière. On discute encore, à l’heure actuelle, de la portée de cette influence, et de savoir si vraiment la poésie courtoise du moyen-âge chrétien n’eut pas existé sans l’apport arabo-musulman, mais c’est un fait solidement établi à présent que  cet apport eut un effet indéniable et précoce sur la production poétique chrétienne.

 

Quant à moi, je ne découvris cette importance que bien des années plus tard, avec notamment la lecture de l’œuvre de Majnun[6], mais, là aussi, cette influence sur mon écriture, bien que tardive, fut réelle.

 

Je pris connaissance de la poésie courtoise médiévale[7] lorsque j’avais une vingtaine d’années et cette lecture fut déterminante pour moi dans mon processus d’écriture. Après cette découverte, je sus pourquoi et comment écrire, au moins pour une part de mon œuvre poétique. Cette manière d’écrire me marqua beaucoup et j’adorais particulièrement les aubes, genre littéraire qui parle du départ des amants, lorsque l’aube va poindre. Une aube en particulier, celle de Gace Brulé[8], me marqua durablement, et est à l’origine de nombre de mes poèmes où je traite de la nuit et de l’aube, vues à travers le regard des amants.

Je découvris l’œuvre des Trobairitz[9], troubadours de sexe féminin, dont ils nous restent quelques œuvres, et d’une certaine façon, je me sens un peu  leur héritière aujourd’hui.

 

Poursuivant mon chemin poétique, je trouvais dans mon exploration l’œuvre de Charles d’Orléans[10], qui demeure, encore à ce jour, un de mes poètes préférés. La profonde mélancolie en même temps que la profonde élégance  qui se dégageaient de la lecture de ces poèmes, me charma plus que tout et j’y appris l’art de narrer des peines profondes avec grâce et distinction. Le prince des poètes m’enseigna l’art de ne pas m’épancher outre mesure et de garder une élégance naturelle en tout. Aujourd’hui encore, j’éprouve grand plaisir à me replonger de temps à autre dans ces ballades et rondeaux.

 

Etant lyonnaise d’origine, je ne pouvais que m’intéresser aux poètes lyonnais et spécialement aux grands poètes de la Renaissance lyonnaise que furent Louise Labbé, Maurice Scève, Pernette du Guillet et Olivier de Magny.

Louise Labbé[11], en particulier, retint mon attention. Par l’incandescence de son écriture amoureuse et sa liberté de ton, elle ne pouvait que me plaire, et là encore, je me sens quelque peu son héritière.

 

 

 

 

Continuant ma quête de sources d’inspiration poétiques, je  rencontrais sur mon chemin, la poésie persane[12], en particulier celle de Rumi[13], ainsi que l’œuvre d’une mystique musulmane, Rab’ia Al  Adawiyya[14].

L’influence qu’eut la poésie persane sur mon écriture fut l’une des plus profondes, car je retrouvais dans cette écriture, deux thèmes qui m’étaient particulièrement chers, la célébration de l’amour et celle des beautés de la nature, deux thèmes que je devais par la suite entremêler constamment dans ma production littéraire.

Les deux mystiques que sont Rabi’a et Rumi, eurent aussi un rôle important dans ma façon d’écrire, comme tous les écrits mystiques que j’ai lu d’ailleurs      (je pense ici en particulier à Sainte Thérèse d’Avila et à Saint Jean de la Croix). La façon dont les poètes mystiques habitent  leurs œuvres, la passion portée à son paroxysme dont ils font preuve et dont ils rendent compte dans leurs poèmes, m’a marqué durablement, et il y a indéniablement quelque chose d’une quête mystique dans chacun de mes poèmes, même si cela ne se rattache à aucune religion en particulier. Je trouve qu’il y a toujours quelque chose d’un peu sacré dans l’écriture poétique, en particulier, comme c’est le cas dans la poésie persane, quand il est question de nature  et d’amour.

 

Ainsi, on voit que ma poésie amoureuse est d’influence diverse, particulièrement orientale et asiatique, sans oublier non plus des inspirations plus chrétiennes et occidentales. Je me plais à être ainsi le fruit de diverses civilisations et diverses époques, car le poète est avant tout un explorateur et un citoyen du monde, avant que d’être d’un temps et d’un espace donné. Ecrire, c’est surtout chercher et se réinventer à chaque instant, et considérer le monde entier comme son domicile et son berceau.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_Noah_Kramer

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_Cantiques

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Akhenaton

[4] http://www.cnrseditions.fr/litterature/6219-paroles-d-amour-serge-feneuille.html

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Andalus

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Majnoun_et_Leila

[7][7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Troubadour

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouv%C3%A8re

[8] http://ebooks.unibuc.ro/lls/MihaelaVoicu-LaLiterature/Trouveres.htm

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Trobairitz

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_d%27Orl%C3%A9ans

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Lab%C3%A9

[12] http://www.lesclesdumoyenorient.com/La-poesie-persane-classique-formes.html

[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Djal%C3%A2l_ad-D%C3%AEn_R%C3%BBm%C3%AE

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Rabia_al_Adawiyya

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2 réflexions sur “la poésie amoureuse d’Orient et d’Occident, essai de généalogie littéraire

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